Essai exclusif : Mercedes-AMG SL63 S E-Performance : Ecologie, j’oublie ton nom

A force de vouloir électrifier l’automobile à marche forcée, on en vient à créer des monstres technologiques à des prix exorbitants. La SL63 hybride rechargeable et ses 816 chevaux affichée à 232.320€ sans option, fait partie de ces bolides capables de se déplacer à des vitesses inavouables en engloutissant une belle rasade de sans plomb avant de basculer prestement en mode électrique sous le regard des bobos urbains frigorifiés sur leur vélo-cargo. Mais est-ce réellement vertueux ?

La recette est connue depuis l’apparition de la GT E-Performance à 4 portes ; allier le 4.0 V8 biturbo et ses 612 ch à un moteur électrique, ici de 204 ch, pour en tirer une cavalerie plus que conséquente de 816 ch. Autant dire qu’avec une puissance aussi généreuse, il s’agit d’être en pleine possession de ses moyens pour exploiter l’engin. On connait les lignes de la SL depuis son apparition en 2021. Pour son retour, il nous est revenu avec une capote en toile qui lui donne un charme fou, un long capot nervuré et des roues renvoyées aux 4 coins. Cela lui donne un aspect de fauve prêt à bondir dont on ne se lasse pas. L’habitacle est particulièrement soigné et les habillages peuvent évidemment fortement varier selon les souhaits du propriétaire. Cuir, carbone et alcantara sont largement utilisés du tableau de bord aux places arrière d’appoint. La couleur des ceintures de sécurité, les matériaux de la console centrale sans oublier les sièges, tout est sujet à personnalisation à condition, bien évidemment, qu’on y mette le prix.

 J’aime bien

200 kg séparent la version hybride rechargeable essayée de la SL63 classique. Mais sur la route, on vous avouera que cela ne se sent pas. La E-Performance bombarde si fort qu’une fois à son volant, il faut sans arrête penser au flicage incessant qui devient malheureusement la norme de notre belle Wallonie. Heureusement, il reste des chemins oubliés de la maréchaussée où l’on peut encore profiter de toute la cavalerie présente sous le capot. Sur notre trajet d’essai sportif habituel, on arrive à 120 là où, avec d’autres sportives de la maison d’en face on plonge à la corde à 90… Autant dire que les freins carbone sont indispensables pour ne jamais trouver une pédale spongieuse après moult ralentissements. Avec les galettes montées sur notre voiture d’essai, plus vous tapez dans les freins et plus ils en redemandent. De vrais masochistes. Bref, la balade que nous avions annoncée tranquille à notre passagère s’est rapidement transformée en secteurs chronométrés entre deux villages. Quel pied !

Plutôt malin

Même si l’on a sans cesse envie de faire rugir le V8 caché sous le long capot avant, il faut avouer que se déplacer en mode 100% électrique en ville permet de passer totalement inaperçu. Un souhait qu’un futur acheteur de ce genre d’auto n’éprouve peut-être pas mais une réalité qui nous semble parfaitement dans l’air du temps où l’automobile-plaisir devient un concept de plus en plus rejeté auprès des jeunes générations. Et puis c’est toujours amusant de brancher une SL à une borne au nez et à la barbe des électrophiles sino-tourneboulés.

J’aime moins

30.000 euros pour 17 km d’autonomie électrique, cela fait cher payer sa conscience écologique. Sans parler de la masse supplémentaire emportée. Et on ne parle pas des 100 litres de contenance du coffre en moins. Bref, opter pour cette E-Performance demande quelques sacrifices que nous ne serions pas prêtes à faire… mais au pays des gens aisés, allez savoir.

Pourquoi je l’achète

Nous qui ne résistons pas au charme des courbes sensuelles d’une belle italienne, automobile bien sûr, nous avouerons que la SL provoque toujours, lorsqu’elle se présente à nous, un petit frisson de plaisir. Bestiale à souhait, joliment proportionnée, la Mercedes-AMG découvrable donne envie de partir loin chercher le soleil. Que nous n’avons jamais vu durant notre essai. Nous n’avons donc jamais eu l’occasion de décapoter la bête. Mais qu’est-ce que nous avons profité de son V8 ! Même à basse vitesse, c’est toujours jouissif de l’entendre ronronner sous le capot. Et quel bonheur de le faire rugir dès que l’occasion se présente. Et là, on entre dans une expérience assez unique de missile sol-sol qui vous envoie d’une courbe à l’autre à des vitesses totalement inavouables lorsqu’on opte pour les réglages les plus extrêmes. Les rapports s’enchaînent à un rythme plus que soutenu auquel il faut s’habituer… D’ailleurs, à rythme élevé, votre serviteur préfère laisser faire la boîte automatique pour mieux se concentrer sur les freinages et les trajectoires. C’est qu’il faudrait bien deux cerveaux humains pour pleinement exploiter ce chef d’œuvre technologique !

Pourquoi je ne l’achète pas

232.000 euros, c’est la somme exigée pour acquérir ce cabriolet de feu. Pour cette somme, vous pourrez même répondre aux défenseurs acharnés de la planète que vous ne rejetez que 175 g de CO2 au kilomètre, soit presque deux fois moins vilain que la SL 63 S normale et ses 306 g. Mais le poids supplémentaire ne peut se faire oublier au même titre que le volume de coffre réduit. Les réglages sont également davantage orientés vers le confort qu’à bord du GT coupé mais cela, à moins de les tester sur circuit, cela relève du détail lorsqu’on ne quitte jamais le réseau routier. A part des hypersportives italiennes ou anglaises, il n’y aura pas grand monde pour garder votre sillage… à 317 km/h sur autoroute allemande bien entendu. Et là, les rasades de sans plomb seront logiquement conséquentes et les capacités électriques de l’engin rapidement oubliées. Durant nos 370 km d’essai, la moyenne s’est affichée à 19,8 l/100 km… oups. (Remerciements chaleureux à Pierre Fontignies pour les photos)

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