Réputée pour sa pointe de vitesse, la Lamborghini Huracan GT3 n’avait jusqu’ici jamais pu concrétiser après 24 heures de course. C’est désormais chose faite. Après Aston-Martin en 2024, c’est encore une marque inédite qui accroche son nom au palmarès de la plus grande course GT au monde. Et si Ferrari a confirmé tout le bien que l’on pensait de la 296, dont une version Evo a été présentée dans le paddock, Porsche a encore surpris là où Mercedes, BMW et McLaren ont déçu.

Lamborghini
Nous commencerons notre bilan alphabétique par la lettre L pour rendre hommage aux grands vainqueurs de cette édition particulièrement ensoleillée où l’on a dénombré 128.000 spectateurs. Déjà détentrice de la pole position et du meilleur tour en course en 2024, la Lamborghini Huracan GT3 a laissé cette fois l’honneur de la pole position à McLaren, qui est restée à plus d’une seconde et demie du temps de référence (2’15’’113 contre 2’13’’718). Et ce n’est pas elle non plus qui a signé le meilleur temps en course (2’17’’066 contre 2’16’’105 en 2024), celui-ci étant l’œuvre de le Ferrari #51 alors aux mains d’Alessandro Pier Guidi.

Par contre, la #63 victorieuse n’a jamais quitté les avant-postes de toute la course. Mirko Bortolotti, Jordan Pepper et Lucas Engstler ont gardé un rythme de dingue pour résister aux Ferrari 296 GT3, toujours aussi véloces, mais également à la BMW M4 du Rowe Racing et à la Porsche survivante qui menacera l’Italienne jusqu’au bout. L’autre Huracan engagée en PRO par l’écurie VSR (Vincenzo Sospiri Racing) pour Mapelli, Mitchell et Perera, a connu moins de réussite puisqu’elle devait se retirer après dix heures de course suite à des problèmes de direction assistée alors qu’elle figurait également dans le peloton des prétendantes à la victoire.

McLaren
Voilà bien une marque qui a toujours eu du mal à finaliser ses prétentions spadoises. Cette fois, McLaren frappait fort en signant la pole position lors de la Superpole grâce à un chrono de 2’15’’113 signé par l’Allemand Marvin Kirchhöfer sur la 720S GT3 EVO #59 du team Garage 59. Derrière lui, les Mercedes-AMG GT3 ont dû s’incliner. En course, ce sera aussi un festival de la part de ce coupé anglais qui ne quittera pas la tête jusqu’au cœur de la nuit.

Malheureusement, une crevaison est venue enrayer la machine anglaise et à partir de cet instant, la suite est devenue une longue course-poursuite contre le temps perdu qui se terminera au sixième rang. Engagée dans la catégorie Gold, la McLaren #58 allait connaître la même mésaventure de la crevaison mais à 7 minutes de l’arrivée, ce qui coûtera la victoire de classe à Prette-McDonald-Smalley-Schandorff finalement seconds en Gold.

Mercedes-AMG
Au vu de la vitesse des bolides allemands lors des différentes séances d’essais, nous en avions faits nos favoris de cette 77e édition. Auteur du deuxième meilleur chrono à bord de la Getspeed #17, Jules Gounon et ses équipiers allemands Fabian Schiller et Luca Stölz avaient toutes les cartes en main pour triompher le dimanche après-midi. Laissant la McLaren s’époumoner en tête de la course, les autres Mercedes restaient en embuscade, qu’il s’agisse de la Boutsen-VDS de Maxime Martin, M. Götz et Michael Grenier ou encore de la GT3 du Winward Racing confiée au trio Auer-Engel-Cairoli.

Malheureusement, c’est la monture de notre compatriote qui lâchait prise en premier suite à une… crevaison. Repoussée dans les tréfonds du classement, elle se retirera à 22h30 suite à des dégâts occasionnés par des débris sur la piste. Du côté de Getspeed, c’est un incident de course suite à un contact avec une Audi qui provoquera son retrait lors de la dixième heure de course. Il ne reste alors plus que la #48 pour défendre les chances de Mercedes mais une pénalité suite à un contact avec une Mustang la mettra définitivement hors des candidats à la victoire au petit matin. Voilà une belle occasion perdue pour les bolides allemands.

Porsche
C’est à une véritable hécatombe que l’on a assisté dans les rangs de la marque allemande dès les premières heures de course. Alors qu’on pouvait s’appuyer sur une armada de quatre 911 GT3-R dans la catégorie-reine, trois de celles-ci lâchaient prise rapidement laissant la Rutronik de Patrick Niederhauser, Sven Müller et de notre compatriote Alessio Picariello défendre seule les chance de la maison stuttgartoise. Le premier abandon concernait, de manière très spectaculaire, la Porsche du team Schumacher CLRT lorsque l’Autrichien Laurin Heinrich, alors au volant, ne pouvait éviter la McLaren #122 au ralenti dans Blanchimont. Le choc était effroyable mais heureusement, les deux pilotes s’en tiraient sans mal. Après trois heures de course, c’est la GT3-R #18 du Dinamic GT qui est rentrée dans son stand suite à des problèmes électroniques. Jaminet-Campbell-Buus sont contraints d’en rester là…

Et sur la piste, les Porsche rescapées ont bien du mal à tenir la cadence imposée par leurs camarades. Seule la Rutronik #96 parvient à s’installer dans le Top10 sans perdre trop de temps sur les meilleurs. Et à 1h30, la #911 du Pure Rxcing de Malykhin, Lietz et Preining doit se retirer à son tour, les dégâts occasionnés suite à la perte d’une roue à l’avant-droite étant trop importants. Mais heureusement, même avec un seul exemplaire, la marque allemande est toujours capable de s’imposer et grâce à une stratégie intelligemment décalée, la #96 a menacé la Lamborghini victorieuse jusqu’au bout, d’autant que celle-ci prenait un peu trop de temps à redémarrer lors de son dernier passage aux stands… Terminons sur la belle victoire d’un équipage des plus sympathique en Pro-Am puisque nos compatriotes Mathieu Detry et Fabian Duffieux menaient leur 911 de chez Car Collection/AV sur la plus haute marche du podium en compagnie de Abramczyk et Yuan.

Aston-Martin
Si nous avions mal digéré la victoire de 2024, acquise de manière chanceuse suite à un imbroglio entre voitures italiennes à l’entrée de la pit-lane, nous n’aurions jamais souhaité qu’autant de malchance frappe les voitures anglaises cette année. En effet, qu’il s’agisse des voiture du Comtoyou Racing ou celles de Walkenhorst, elles n’ont guère été épargnées par les mauvais coups. Lors des qualifications, c’était d’abord Nicolas Baert, le fils du patron, qui accidentait la #21, engagée en Silver, au raccordement. Et lors de la superpole, c’est Henrique Chaves qui démolissait la #34 du Walkenhorst inscrite en Pro en mordant trop fort à la sortie du double gauche… La voiture ne pourra pas être réparée à temps.

En course, la #270 est la première Vantage à se retirer après un contact au Kemmel lors d’un FCY. Ensuite, c’est la #11 engagée en Pro-Am qui est envoyée dans les pneus au sommet du Raidillon suite à une poussette maladroite d’une Mercedes. A ce moment-là, on garde le sourire chez Comtoyou parce que la #007 de Drudi-Sorensen-Thiim joue avec les meilleurs en tête de la course. Mais au cœur de la nuit, la tenante du titre est contrainte à l’abandon suite à des problèmes de transmission. Finalement, c’est la superbe Vantage du Verstappen.com Racing qui brillera le plus lors de cette édition meurtrière du côté des belles Anglaises. Vermeulen, Lulham et King s’imposent au finish en catégorie Gold, alors que la monture du Walkenhorst Motorsport engagée en Silvercup avec Leroux-Villagomez-Soderström se console avec une victoire de classe, vengeant le forfait de la monture engagée en Pro.

Audi
L’Audi R8 n’étant plus du tout développée par l’usine, les seuls exemplaires engagés concourraient dans les sous-catégories, aucun exemplaire n’étant plus engagé en Pro.

BMW
C’est probablement LA grosse déception de cette 74e édition. Alors que d’aucun pointaient la marque munichoise en haut des tableaux des pronostiqueurs, les M4 GT3 du Rowe Racing et de WRT ont toujours semblé courir après les plus rapides. Certes, la #98 semblait bel et bien pouvoir jouer la gagne jusqu’au bout mais c’était sans compter sur les nombreux avertissements pour conduite en dehors de la piste qui menaçait l’auto en fin de course. Alors que l’Italien Marciello est au volant et qu’il donne tout pour revenir sur le trio de tête, la Rowe Racing reçoit une pénalité de 30 secondes. Ce qui n’empêche pas l’Italien de tenter un dépassement plutôt risqué, Lello ayant choisi le mauvais côté de la piste, dans la ligne droite des Combes sur la Ferrari de Pier-Guidi alors 3e. Une prise de risque que l’on jugera inconsidérée sachant qu’il sera pénalisé…

L’autre exemplaire du Rowe Racing confié à Hesse/Harper/Eng (#998) a pointé en tête de la course durant la nuit mais le coupé allemand a dû se retirer à 15 minutes de l’arrivée alors qu’il occupait la sixième place. Bref, BMW doit se contenter d’une cinquième place alors que les M4 de WRT n’ont jamais été dans le coup. Il faut préciser qu’elles ont reçu 15 kilos de BoP avant la course mais McLaren, avec 20 kilos en plus, a visiblement mieux géré cet handicap.

On les retrouve aux 7e et 8e places finales avec l’équipage de Wilde/van der Linde/Weerts (#32) devant van der Linde/Vanthoor/Witmann (#31). De leur côté, Magnussen, Rast et Rossi (#46) doivent se contenter du onzième rang. L’écurie désormais liégeoise se console avec la première place provisoire du GT World Challenge Europe et la seconde de l’Endurance Drivers Cup occupée par l’équipage de la #32.

Chevrolet
On ne peut pas dire que les débuts de Chevrolet Z06 en GT3 dans la classique ardennaise aient convaincus. Deux exemplaires étaient engagés, l’un par le Steller Motorsport (#24) en catégorie Silver et l’autre par JMR (#2) chez les Bronze avec un certain Alexander Sims, vainqueur à Spa en 2016. Finalement quarantième et huitième de sa catégorie, la Z06 pilotée par notre compatriote Matisse Lismont, Lorcan Hanafin, Daniel Ali et Olivier Hart a connu une nuit difficile avec des incidents en piste et des passages trop fréquents par les stands. 43e , l’autre Américaine n’a guère connu mieux puisqu’elle devait s’élancer des stands avec 7 tours de retard suite à des soucis mécaniques rencontrés sur la grille de départ. Et malgré une course plutôt limpide, elle n’aura jamais accès aux meilleures places…

Ferrari
Dans le clan italien, on a eu la victoire en point de mire durant 24 heures même si la #51 perdait un tour en début de course suite à des soucis de freins. Grâce à une course parfaite où ils ont tout donné, notamment durant la nuit, Vincent Abril, Alessio Rovera et Alessandro Pier-Guidi sont revenus dans le match dimanche matin grâce à leur détermination, une stratégie impeccable, des dépassements sans fausses notes et l’aide de quelques voitures de sécurité mais face à une Lamborghini impériale et une Porsche qui parvenait à compenser ses problèmes de pression de pneus, la belle Italienne devait se contenter de la dernière marche du podium devant l’autre monture du clan AF Corse pilotée par Arthur Leclerc, Antonio Fuoco et le moins médiatisé Eliseo Donno. A 20 ans, cet Italien doit son volant à son titre en Ferrari Challenge Europe en 2023.

Ferrari a également brillé dans la catégorie Bronze grâce à la nouvelle victoire de l’équipage Dustin Blattner, Conrad Laursen, Dennis Marschall et Zacharie Robichon engagé sur une monture du Kessel Racing et qui s’était déjà imposé au Paul-Ricard. Moins de chance pour notre compatriote Stéphane Lémeret engagé en Pro-Am Cup sur une 296 GT3 AF Corse en compagnie du pilote officiel Miguel Molina et de Luis et Mathias Perez Companc. Rapide à ses heures, cette Italienne a dû composer avec trois crevaisons, la 3e dans la dernière heure, mais surtout un contact durant la nuit qui a occasionné un long passage par le box…

Ford
Autre nouvel arrivant dans les Ardennes belges, les Ford Mustang GT3 engagées par HRT (Haupt Racing Team) ont connu des hauts et des bas malgré leur superbe déco nocturne faisant apparaître le célèbre Mustang réfléchissant. La #64 engagée chez les pro et pilotée par Maini, Mardenborough et Drouet a été contrainte à l’abandon suite à un accident en course au petit matin. En Silver, la #65 de Schumacher, Wiebelhaus, Andriolo et Owega occupait sereinement la troisième marche de sa catégorie lorsqu’à huit minutes de l’arrivée, une pierre heurtait le radiateur et la contraignait à l’abandon. Une performance encourageante pour une première aux 24 heures de Spa-Francorchamps où l’on espère les revoir dans douze mois pour une revanche obligatoire.

