Essai : Land Rover Defender Octa V8 : Il a tué le match

Glisser un V8 allemand sous le capot d’un 4×4 anglais, il fallait oser. Mais depuis le bref passage de la marque britannique sous le giron de BMW de 1994 à 2000, ce genre de recette ne choque plus personne. Avec cette version Octa, ils ont voulu pousser le concept à l’extrême en vue d’une participation au Dakar. Pour une somme exorbitante, vous pouvez donc acquérir le Defender le plus démentiel de tout les temps et clouer le bec à tous les SUV allemands gavés aux stéroïdes.  

Pousser un V8 sous la capot d’un Def’, c’est une idée qui ne date pas d’hier. En effet, c’est en 1979 que la 3e série du Land Rover reçoit le 3.5 V8 siglé Rover et fort de… 91 chevaux. Une réaction née de la concurrence japonaise de plus en plus agressive en Australie et en Afrique où les Nissan et autres Toyota 6 cylindres marchent sur les platebandes des Anglais. Appelé Stage One V8, ce 4×4 lance une lignée qui se poursuivra avec les 90 et 110 pareillement motorisés, même si le 3.5 passe à 4.0 litres entre 1990 et 2016. Apparu en 2020, le nouveau Def’ s’est vu proposer avec le 5.0 V8 bavarois (525 ch) à partir de 2021 aussi bien en châssis court qu’en version longue. Jusqu’à ce que la marque annonce sa volonté de participer au Dakar 2026 dans la catégorie réservée aux véhicules proches de la série. C’est dans cette optique qu’est née cette version Octa particulièrement extrême avec ses ailes élargies, sa suspension pneumatique inédite et son 4.4 V8 biturbo poussé à 635 chevaux pour l’occasion.

J’aime bien

Raisonnablement, ce Defender Octa V8 est absolument injustifiable. Seulement voilà, le plaisir de sentir sous son pied droit, une puissance largement inexploitable avec pareil mastodonte est semblable à celui qu’on éprouve lorsqu’on porte une montre de luxe au poignet ou un costard taillé par le meilleur couturier de la ville sur le dos. On se sent serein, détendu presqu’intouchable. On aurait même envie bien souvent de pousser l’incompétent qui a osé s’aventurer sur la route sans en avoir les aptitudes. Le 0 à 100 km/h est atteint en 4 secondes… mais il faut penser à ralentir l’engin en oubliant pas que les chaussettes qui l’équipent ne sont pas des Pilot Sport. Et puis ce châssis long demande pas mal d’espace lorsque vous choisissez le mode de conduite Octa le plus sportif qui laisse quelques libertés au train arrière. Dans ce cas, l’essieu arrière reçoit 80 % du couple, tandis que les aides électroniques à la conduite réduisent leur activité puisque même l’ABS réagit beaucoup plus tardivement. Mais ce 4×4 devrait se révéler particulièrement amusant dans les grands espaces et sur les pistes désertiques du Sud de l’Europe.

Plutôt malin

Qui dit châssis long dit espace généreux aux places arrière et coffre volumineux. En effet, on est installés comme des rois à l’arrière mais attention de ne pas de se cogner les genoux sur les coques en carbone des sièges Performance dotés de la technologie Body & Soul qui envoie le son dans les appuie-tête. Avec ses 786 litres, le coffre est généreux à condition de profiter de la hauteur du véhicule tout en ayant suffisamment de place pour ouvrir le hayon arrière latéralement.

J’aime moins

Avec ses 2.748 kg, le Defender le plus cher du monde est pachydermique. En ville, on peut heureusement compter sur de nombreuses assistances pour effectuer des créneaux mais attention à la roue de secours à l’arrière qui déborde fortement. Attention aussi à la hauteur qui ne permet pas de fréquenter tous les parkings.

Pourquoi je l’achète

On ne peut le nier, à chaque démarrage, on profite de la sonorité du gros V8 installé sous le capot. On peut aussi compter sur son couple de 750 Nm pour se mouvoir en toute sérénité sur un filet de gaz avant de profiter de la cavalerie lorsque la route s’y prête. On peut même opter pour le Dynamic Launch afin de sentir la poussée de ce moteur plein à tous les régimes. Mais une fois le calme revenu, on profite pleinement du confort de l’habitacle et de son équipement très complet. Vous me direz qu’au prix de 203.390€ auquel est affichée la version Edition One faisant l’objet de cet essai, c’est bien la moindre des choses. Les suspensions gérées par le système 6D Dynamique anticipent l’état des routes et régule les liaisons au sol avec intelligence. C’est assez réussi et cela participe au confort ressenti à bord en toutes circonstances.

Pourquoi je ne l’achète pas

Dans notre esprit, le meilleur Defender est à châssis court avec boîte manuelle de transfert pour affronter toutes les conditions. Alors on est bien conscient que le Def’ Octa essayé ici est parfaitement capable de rouler sur tous les terrains grâce à ses nombreux systèmes électroniques dont notamment ces fameuses suspensions gérées électroniquement. Reste à savoir qui osera poser les roues de son Defender cher et luxueux sur des terrains peu accueillants. L’essentiel est alors de savoir qu’il peut le faire… Ce qui suffit très souvent au propriétaire. Celui-ci se moquera également de savoir que la consommation moyenne se chiffrera, la plupart du temps, au-delà des 15 l/100 km. (Photos statiques et habitacle : Pierre Fontignies)

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