Patrimoine : Museo Storico Alfa Romeo : la machine à remonter le temps

La marque italienne fête cette année son 111ème anniversaire… de quoi revenir sur un passé aussi riche que mouvementé en visitant le musée officiel de la marque qui se trouve à Arese, en Italie. (Texte et photos: Dimitri Urbain, notre envoyé spécial en Italie)

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Archétype de la Formule 1, cette Alfetta ou Tipo 158 s’est couverte de gloire de 1938 à 1951. Conçue chez Ferrari, elle remporte le championnat du monde de Formule 1 1950 et les titres des pilots en 1950 et 1951, avec Giuseppe Farina la première année et Juan Manuel Fangio la seconde.

Si vous vous rendez en Italie par la route, il y a de grandes chances que vous passiez devant le musée Alfa Romeo. Il se trouve en effet au bord de l’autoroute A9 menant à Milan, sur la commune d’Arese. Là où durant plusieurs décennies, les Alfa ont été produites.

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Au cours des années 50, de nombreux bateaux de course tirent avantage d’une motorisation Alfa Romeo.

Si les usines ont été rasées et remplacées… par un centre commercial, les bureaux, eux, sont bien restés en place et ont été en partie réaménagés pour accueillir le musée de la marque. A la différence de nombreux musées, les voitures ne sont pas alignées en rang d’oignon mais dans des espaces bien ouverts et aérés.

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C’est peu connu mais Alfa Romeo a également motorisé de nombreux avions. Le Museo d’Arese abrite ce modèle ainsi que plusieurs moteurs aéronautiques de la marque.

Condensé d’histoire

Le riche passé de la marque se découvre au travers de trois thèmes majeurs. Tout d’abord, l’histoire des voitures de production permet de (re)découvrir les voitures qui ont fait les grandes heures du constructeur. C’est bien ici que vous trouverez la 6C 1750 Zagato, archétype de la voiture de sport des années 30, avec déjà un double arbre à cames en tête sous le capot, aux côtés de productions plutôt exclusives d’avant et d’après-guerre.

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Voiture sportive par excellence, la 1750 biplace permet aux amateurs fortunés d’aller au théâtre comme de s’aligner en compétition avec de réelles chances de succès.

La berline 1900 marque le renouveau d’Alfa avec, pour la première fois, une production en série, dès le début des années 50. Bien née, cette berline familiale était alors plus performante que bien des sportives. Viennent ensuite les voitures qui ont marqué la période dorée d’Alfa : la Giulietta, surnommée « la petite fiancée de l’Italie », indissociable du « miracolo » économique de la Péninsule, l’inoubliable Giulia, avec ses formes anguleuses et pourtant très aérodynamiques, autant prisée des gangsters et voyous que par les Carabiniers et autres forces de police nationales.

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Après la seconde guerre mondiale, Alfa Romeo prend le virage de l’industrialisation. Première Alfa produite en (petite) série, la 1900 propose des lignes ponton modernes, associées à une motorisation à double arbre à cames en tête. Une rareté parmi les berlines du début des années 50 !

Plus proches de nous, il y a eu l’Alfasud, première traction de la marque et son légendaire moteur boxer.  La période la plus récente est illustrée par la 75, dernière « vraie » Alfa, produite avant le rachat par FIAT, la 164, fruit de la collaboration entre FIAT, Alfa Romeo, Lancia et Saab, ainsi que la 156, dernier grand succès en date de la marque milanaise.

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L’époque dorée de l’histoire d’Alfa est illustrée à merveille par la Giulietta des années 50 et 60. Fiancée de l’Italie, elle est alors destinée à une clientèle plutôt aisée et éprise d’une certaine sportivité. En seront également dérivées des versions plus sportives et des cabriolets d’une élégance intemporelle.

Bellezza

Cette partie du musée est consacrée à l’esthétique… de tous temps une préoccupation majeure chez Alfa Romeo. Ici, ce sont des prototypes qui ont marqué leur époque et l’histoire de l’automobile qui sont exposés. On y croise également les plus grands noms de la carrosserie italienne : Bertone et Pininfarina, bien entendu, mais aussi Castagna, Touring ou encore Zagato.

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Créée en l’honneur de l’exposition universelle de Montréal en 1967, la… Montréal est un coupé Grand Tourisme à moteur 2,6 l V8 de 200 ch DIN qui n’a malheureusement pas connu le succès escompté, avec un peu moins de 4.000 exemplaires produits entre 1970 et 1977. Elle est signée Marcello Gandini pour Bertone.

Au travers de huit prototypes qui expriment tout l’esprit Alfa et l’étroite collaboration qui, de tous temps, a existé entre la marque au Biscione et les couturiers automobiles italiens. On y trouve des formes en avance sur leur temps et qui ont bouleversé les conventions du design automobile. Elles sont toutes signées par des maîtres qui ont su combiner art et technologie, forme et fonction pour en faire de véritables œuvres d’art.

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En 1914, le comte Ricotti passe commande à la carrosserie Castagna d’une Alfa Romeo 40/60 HP aérodynamique. Elle reprend la forme d’une goutte d’eau et atteint les 140 km/h. Ancêtre des monospaces, elle fait un usage maximal de l’espace intérieur. Cette réplique a été réalisée dans les années 70.

De l’emblématique 1900 Disco Volante aux ailes en partie fermées, inspiratrice de la Jaguar Type E, à la 33/2 Speciale en passant par la Carabo de Marcello Gandini… qui a défini les proportions des supercars toujours en vigueur à notre époque. Moins connue mais néanmoins réussie, l’Iguana est signée Giugiaro.

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La 75 est considérée par beaucoup comme la « dernière vraie Alfa ». Aux traditionnels moteur quatre cylindres double arbre ou V6 Busso, elle associe une transmission « transaxle », reportant la boîte de vitesses sur l’essieu arrière afin de favoriser l’équilibre des masses. Sa carrosserie et ses proportions font d’elle une berline aussi familiale que sportive, même dans ses motorisations les plus modestes.

La compétition

La course fait partie intégrale de l’ADN d’Alfa Romeo. Des courses de ville à ville des années vingt, comme les Mille Miglia, en passant par les 24H du Mans ou la Formule 1… Alfa a brillé sur tous les fronts. Cette partie du musée fait évidemment la part belle à la Formule 1 qui a remporté le premier titre mondial en 1950, ainsi qu’à différentes versions de la 33 des années 70 ou encore des voitures de circuit, comme les coupés Bertone GTA, les 75 ou autres 155.

La Carabo, par Bertone. Autre projet signé par Gandini, présenté en 1968. Le châssis est celui de la 3 » Stradale, équipé d’un V8 de 2 litres développant 230 ch et qui autorise une vitesse de pointe de 250 km/h. Ce prototype a défini les standards qui sont encore utilisés par tous les supercars.

Expositions temporaires

L’espace situé à l’entrée du musée accueille des expositions temporaires. Lors de notre visite, il s’agissait de bateau de compétition. Jusqu’aux années 60, les courses de hors-bord ont remporté un grand succès en Italie. De nombreux moteurs Alfa ont équipé ces bateaux et se sont couverts de lauriers en course. Outre cette activité particulière, Alfa Romeo a aussi motorisé nombre d’avions.

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Coupé 33/2 signé Leonardo Fioravanti pour Pininfarina. Présenté lors du salon de Paris 1969, il utilise le châssis de la 33 Stradale mais est malheureusement resté au stade de prototype.

Plusieurs moteurs sont d’ailleurs exposés au Museo, ainsi qu’un avion complet ! De tous temps, les forces de l’ordre italiennes ont fait confiance aux produits du constructeur milanais. Une partie du musée y rend hommage, en présentant de nombreux modèles des Carabiniers : Giulia, Alfetta blindée des années de plomb font également partie de l’histoire de la marque.

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Autre concept car dévoilà au salon de Paris, la Nuvola date de 1996. Cette fois c’est le Centro Stile de la marque qui l’a réalisée sous la houlette de Walter da Silva. Son nom est un jeu de mot évoquant le grand pilote de la marque, Tazio Nuvolari et qui signifie également nuage en italien, histoire d’évoquer la vitesse et… de faire référence à sa magnifique teinte bleutée qui sera également disponible en option sur les 156 et 166

Que vous soyez grand fan d’Alfa ou simple amateur d’automobile, une visite au Museo Storico vous permettra de vous familiariser au mieux avec le constructeur italien et comprendre l’émotion, l’attachement voire l’amour qu’il suscite chez de nombreuses personnes. Et la boutique se trouvant à la sortie vous permettra d’emporter un souvenir !

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Juste avant et après la seconde guerre mondiale, la 6C est le fleuron d’Alfa, carrossé par tous les grands couturiers de la carrosserie italienne. Cette élégante carrosserie est signée Touring Superleggera et intègre les phares à l’intérieur des ailes avant. La conduite à droite est typiquement italienne : jusqu’aux années 60 elle était considérée comme un avantage sur les routes de montagnes étroites et sinueuses, permettant de coller au plus près des parois rocheuses.

Le Rédacteur Automobile remercie particulièrement Dominique Fontignies et Wim Willems pour leur aide et leur soutien dans l’organisation de cette visite, ainsi que Madame Raffaella Quaquaro et le personnel du musée pour son accueil chaleureux.

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Signé Bertone, ce coupé Giulietta Sprint est l’un des plus beaux designs automobiles de tous les temps. Elégant, équilibré, plus de soixante ans après sa présentation il reste toujours aussi agréable à regarder.
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La 33 Stradale est un peu la GTO d’Alfa… ce chef-d’œuvre est signé Franco Scaglione sur base de la 33 de compétition. 18 exemplaires ont vu le jour entre septembre 1967 et début 1969. Réalisée alors chez Autodelta, le département compétition de la marque, elle ne pèse que 700 kg. Son châssis monocoque est en aluminium, comme la carrosserie. Le moteur est le V8 de 2 litres qui développe 230 ch et lui permet d’atteindre 260 km/h en pointe.
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Emblématique de la marque, la Giulia fait partie de la culture italienne, au même titre que la Vespa et la Fiat 500. Apparue au début des années 60, elle dispose d’un moteur double arbre de 1300 ou 1600 cm3, d’une boîte 5 et de freins à disques sur les quatre roues. Berline des pères de famille sportifs, elle a aussi été une monture privilégiée des forces de police nationales tout comme des gangsters ! La voici en version « Carabinieri » qui présente une calandre où les feux centraux sont remplacés par des grilles, comme sur la TI Super.
Autre monture des forces de l’ordre, cette Alfetta blindée les équipait en nombre durant les sombres années « de plomb » (1960-80), époque durant laquelle les brigades rouges faisaient régner la terreur.
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Au détour d’un mur, sont exposées différentes maquettes d’études aérodynamiques ou autres. Il est même possible d’y voir des utilitaires de la marque.

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