Librairie: L’Année automobile 2019/2020: immuablement réconfortant

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Chaque année, l’année automobile nous revient comme un doux refrain d’un exercice parfaitement maîtrisé par Serge Bellu et son équipe. Dans un monde où tout change très vite, où des institutions changent de nom pour rester dans le vent, faire croire qu’elles évoluent à la vitesse de ce siècle, à l’heure où des enseignes historiques se voient contraintes de fermer boutique faute de volontaires pour poursuivre une belle aventure, cet ouvrage de référence paru aux éditions ETAI est un heureux évènement qui arrive inlassablement dans toutes les librairies à la fin de l’année. Comme toujours, au Rédacteur automobile, on choisit de lire l’édition en entier avant de vous en parler.

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Le coutume est établie depuis plusieurs années maintenant, l’année automobile se découpe en trois chapitres: Industrie, Sport et Culture. Le premier sujet est lui-même divisé en trois avec une partie consacrée à l’économie, une deuxième à la production et la dernière à la création. Comme l’année automobile est en constante évolution, on remarque tout de suite une mise en page très soignée mais aussi davantage de texte, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

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Cette édition en profite pour faire un tour de la grande famille de l’automobile en reprenant la composition des principaux groupes à travers tous leurs labels. Sous le chapitre Production, Serge Bellu reprend classiquement toutes les nouveautés de l’année écoulée par catégories, des citadines aux supercars en passant par les 4×4. Enfin, le chapitre dédié à la création présente les personnalités qui dirigent les studios de design avant de faire le tour des concept-cars de l’année et enfin de rendre hommage à la Mini qui fêtait ses 60 ans.

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Le deuxième volet dédié au sport automobile propose un calendrier des faits marquants avant de se pencher sur la monoplace, l’endurance, les rallyes, le tourisme et les résultats. Comme nous l’avons déjà constaté d’autres années, le rallye est le parent pauvre de cet annuel avec une traduction approximative de certains textes et des données erronées. Ainsi, l’auteur Keith Oswin nous parle de la Sicile au lieu de la Sardaigne et dans le résumé sur le rallye d’Allemagne, on nous dit qu’Hayden Paddon inaugure la nouvelle Hyundai tout électrique en rallye… Monsieur Bellu, si vous cherchez un spécialiste francophone du WRC, je suis votre homme!

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Pour terminer, le dernier volet de l’année automobile est consacré à la culture avec, là aussi, les faits marquants dans le milieu de la voiture ancienne puis un chapitre consacré à l’art avec un sujet sur l’exposition du château de Compiègne consacrée à la beauté dans l’automobile à travers des concept-cars. On revient ensuite sur l’année 1969 avant de découvrir le portrait d’Alexandre Iacovleff, le peintre officiel des grandes expéditions Citroën. L’ultime chapitre dédié au patrimoine nous parle du marché des automobiles de collection en crise avant de planter le décor du concours d’élégance organisé à Monaco et de terminer sur le centenaire de Bentley largement fêté en 2019.

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Vous l’aurez compris, l’année automobile demeure l’ouvrage indispensable pour tout amoureux de la chose automobile. De quoi retrouver en un coup d’œil, les principaux faits et gestes de la planète durant l’année écoulé. On ouvre ce volume en sachant que l’on va s’y plonger avec délectation pour revivre douze mois intenses. Reste maintenant à savoir comment Serge Bellu et ses acolytes pourront remplir le prochain opus…

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Fiche technique

  • Nombre de pages: 288
  • Date de parution: 11/12/2019
  • Auteur Collectif
  • EAN 13 9791028303877
  • Editeur ETAI ALBUMS
  • Format: 235X310 mm
  • Nombre d’illustrations: 600

Pininfarina : 90 ans de créations « haute couture » automobiles ! par Dimitri Urbain

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En 1930, après avoir travaillé aux côtés de son frère, Batista dit « Pinin » Farina, s’installe à son compte comme carrossier. Ses réalisations se font surtout sur des bases Lancia, Alfa Romeo ou Isotta Fraschini. Après la seconde guerre mondiale, Pinin Farina frappe fort avec la Cisitalia, en 1947. Ce coupé « grand tourisme » reprend déjà tous les éléments de style des coupés qui seront largement réinterprétés jusqu’aux années 2000. S’en suit une longue série de prototypes et de modèles de série. De nos jours, Pininfarina fait partie du groupe Indien Mahindra et ses activités sont très diversifiées. Symbole du luxe à l’italienne, les réalisations vont des bateaux à l’immobilier en passant par… les cuisines ou encore le stade de la Juventus, à Turin !

Nous vous proposons un retour en photo sur quelques-unes des réalisations les plus emblématiques du carrossier italien…

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Pinin Farina s’installe Corso Trapani, à Turin, dès 1930. Dans ces installations modernes, des chefs- d’œuvre vont voir le jour…
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Cette berline Lancia Dilambda reste très classique, même si les solutions techniques de la marque sont très avancées.
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Alfa Romeo 6C 2300 Coupe Pescara, 1935. L’aérodynamisme n’est ici pas un vain mot. Le long capot et l’habitacle rejeté à l’arrière sont déjà représentatifs des GT des décennies suivantes. La carrosserie est réalisée en aluminium.
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Pour 1936, le coupé Pescara est modifié. Les ailes avant intègrent désormais les phares tandis que la calandre en dissimule un autre. Les ailes étirées et le traitement général des lignes ne sont pas sans évoquer quelques Bugatti…
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Beaucoup plus classique est ce cabriolet 4 places Lancia Astura Bocca. Les ailes sont aérodynamiques et les marchepieds ont bel et bien disparu. Il est réalisé en très petite série pour le compte du concessionnaire Lancia de Biella, Ernesto Bocca.
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Autre exercice sur base Alfa Romeo, cette fois une 8C 2900. Le traitement de la partie avant est censé améliorer la pénétration dans l’air. Le reste de la carrosserie affiche un style très classique pour ce genre de sportive.
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La fin des années 30 se caractérise par la recherche des victoires en course, la compétition entre l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste faisant battre plus fort le cœur des foules en mal de nationalisme. Pour la première fois, les ailes sont intégrées au reste de la carrosserie de cette Lancia Aprillia Coupé Aerodinamica. 3 versions différentes de cette voiture ont été produites, l’une d’entre elle finissant à la vingtième place des Mille Miglia en 1938.
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Lancia Astura Berlina Aero de 1937. Ici également, les passages de roues sont entièrement carénés et la poupe fuyante favorise la pénétration dans l’air.
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Un peu pataud mais bien représentatif des lignes à la mode à la fin des années 30, voici un cabriolet Aero sur châssis Alfa Romeo 8C 2900.
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Après les hostilités, Pinin Farina revient aux affaires avec cette berline Lancia Aprilia Bilux. Elégante, elle marque néanmoins un retrait par rapport aux réalisations de la décennie précédente, beaucoup plus flamboyantes et élégantes.
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Avec la Cisitalia 202, Pinin Farina crée l’ère moderne du coupé GT. Sur la base de la berlinette aérodynamique réalisée par l’ingénieur Savonuzzi en 1946, Pininfarina utilise une structure tubulaire pour réaliser ce coupé  deux places. Pour la première fois le capot moteur est intégré et ne ressort plus des ailes. Les surfaces vitrées sont importantes avec des montants fins et l’arrière est assez court. Le résultat est sobre et très élégant.
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Berlinetta Speciale Maserati A6 1500. Egalement réalisée en 1947, le style n’est pas aussi épuré que celui de la Cisitalia. Ici aussi, le capot est intégré à la carrosserie. A l’arrière, le volume semble trop important par rapport au reste de la voiture.
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1952 restera l’une des années les plus importante dans l’histoire de Pininfarina. En effet, une rencontre historique réunit Enzo Ferrari et Pinin Farina. Ni l’un ni l’autre ne voulant se déplacer en premier, Sergio Pininfarina organise une rencontre dans un restaurant situé à mi-chemin entre Bologne et Turin. Alors que tout semblait opposer ces hommes, leur collaboration va donner naissance à de magnifiques automobiles !
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L’une des premières réalisations tangibles de la collaboration avec Ferrari est cette 212 Inter, présentée en 1952.
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Pinin Farina devient célèbre aux USA grâce à la Nash Healey. La voiture est destinée aux vedettes de cinéma hollywoodiennes et ne manque pas de séduire dans les quartiers chics.
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La « chaine » Pininfarina, en 1952, avec une majorité de Lancia Aurelia coupés et cabriolets. L’assemblage est encore très manuel.
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Symbole de la Dolce Vita des années 50, la Guilietta Sprint permet à Pininfarina de s’imposer en tant qu’assembleur de version en petite série. La voiture connaît un large succès tant en Europe qu’aux USA.
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Autre prouesse du carrossier, l’Aurelia B24S cabriolet cède à la mode américaine du pare-brise bombé. Pininfarina signe ici l’une des plus belles Lancia, ses lignes intemporelles continuent de séduire plus de 60 ans après sa présentation.
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Une autre Lancia particulièrement réussie est ce prototype Florida sans montant central sur base de Flaminia, le haut de gamme de la marque turinoise.
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En 1959, la Ferrari 250 GT berlinetta est unanimement saluée. Elégante, équilibrée, pure, ses lignes en font un véritable chef-d’œuvre… elle reste l’une des Ferrari les plus chères.
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1966 marque le lancement du Spider Alfa Romeo « Duetto ». Assemblé par Pininfarina, il reste au catalogue jusqu’en 1993. Cette longévité exceptionnelle en fait aujourd’hui une voiture relativement facile à dénicher à prix correct. Au travers de quatre générations successives, de la poupe arrondie des débuts à celle très fade de la série 3, toute noire, de quoi trouver son bonheur.
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Autre succès chez Pininfarina : la Fiat 124  cabriolet. Elle aussi restera au catalogue durant des décennies. Au milieu des années 80 elle est toujours vendue par Fiat mais comme « Spider Europa Pininfarina ». Tout comme l’Alfa, elle subit les affres du montage de pare- chocs renforcés pour les USA tout en étant de moins en moins puissante au cours de sa carrière. En version Abarth, elle est également un temps la reine des rallyes.
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Fin des années 60, Pininfarina travaille beaucoup pour BLMC, le constructeur national britannique. Très moderne, ce prototype sur base de 1100 fait un peu penser à la Citroën GS, à la Ferrari Daytona, à la Lancia Gamma…
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Parmi les différentes voitures de série récentes réalisées par Pininfarina, la Peugeot 406 coupé reste l’une des plus réussies et est déjà recherchée par de nombreux amateurs.
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Outre Ferrari, Pininfarina collabore également avec Maserati… cette Quattroporte est le pendant des coupés haut de gamme de Modène.
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Pininfarina ce sont aussi des trains…
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… le stade de la Juventus !
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Des yachts très haut de gamme à destination d’une clientèle richissime…
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Des projets architecturaux de haut vol…
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Et des cuisines équipées !

Exposition: Ferrari fait son Grand Tour au Musée Enzo Ferrari de Modène

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Une nouvelle exposition a ouvert ses portes hier au Musée Enzo Ferrari de Modène, selon la tradition, à l’occasion de l’anniversaire du fondateur. « Ferrari Grand Tour, un voyage entre passion et beauté » est une célébration de la vocation mondiale et de la notoriété illimitée de la Casa qui, dès les premières années de sa fondation, a su conquérir la scène mondiale avec le style de ses voitures. Les protagonistes de ce voyage idéal sont certaines des Gran Turismo les plus élégantes de Ferrari, qui ont séduit des personnages illustres et se sont liées aux villes les plus fascinantes du monde.

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La visite passe par cinq portails multimédias représentant autant de villes: Paris, Londres, New York, Shanghai et Abu Dhabi. Grâce à des images et des sons évocateurs du lien de la marque italienne avec toutes les régions du monde, ces arches permettent au visiteur de vivre une expérience immersive et sont le centre d’ondes d’énergie le long desquelles les voitures sont disposées.

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Le portail parisien ouvre l’espace dédié à l’Europe. La « Ville Lumière », avec son Exposition Internationale, a souvent marqué un tournant dans la production de la Maison. Ainsi, en 1949, la 166 Inter Touring exposée ici y a fait ses débuts en se démarquant par son caractère qui offrira une aura unique à la maison modénaise. Elle sera suivie par d’autres débuts parisiens mémorables tels que ceux de la Ferrari 375 MM en 1954, une commande unique de Roberto Rossellini à Pininfarina pour son épouse Ingrid Bergman.

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Le Royaume-Uni, avec ses traditions plus vivantes que jamais dans les temples de l’automobile comme Goodwood, a toujours réservé un rôle de premier plan aux Ferrari. Dans l’exposition, nous trouvons par exemple la Ferrari 330 GT 2 + 2, coupé à moteur V12 avant, qui a été immortalisée devant Westminster en 1964 lors de la présentation aux clients du concessionnaire Maranello réalisée par le colonel Ronny Hoare.

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Les États-Unis ont noué une relation de longue date avec Ferrari, grâce à l’amitié d’artistes tels que Miles Davis et de stars hollywoodiennes comme Jane Mansfield. Mais aussi à travers des événements comme le 30 Million Cars Rally qui s’est déroulé à New York en 2016 et où la 250 GT SWB de 1959 a défilé. Objet du dévouement de nombreux collectionneurs qui la considèrent comme la granturismo par excellence, elle est célèbre pour sa ligne unique et son potentiel sportif incroyable.

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Shanghai est un point de rencontre extraordinaire entre l’esthétique millénaire d’Extrême-Orient et d’Occident, dont la rétrospective offre un exemple extraordinaire avec l’exposition d’une 599 GTB Fiorano de 2006. Il s’agit d’un spécimen unique décoré par l’artiste Lu Hao dans le style de la porcelaine de la dynastie Song. La Ferrari 612 Scaglietti est également exposée dans cet espace car en 2005, un an après son lancement, elle a démontré ses qualités de confort et de performance lors d’une tournée de 15.000 miles à travers la Chine. Une photo montre la Ferrari Portofino 2018 dans le quartier de Shibuya à Tokyo, un autre centre de référence dynamique pour la communauté Ferrari en Extrême-Orient.

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Enfin, Abu Dhabi est une capitale incontestée du luxe et de la passion du Moyen-Orient pour le cheval cabré puisqu’on y retrouve le Ferrari World. La Ferrari FF a été présentée dans le parc à thème en 2011, à la suite du succès du Salon de Genève, et a représenté un changement révolutionnaire en termes de style et de performance grâce également à l’arrivée de la transmission intégrale. Le portail rappelle également l’International Cavalcade qui a célébré l’année dernière le 25e anniversaire de l’entrée de Ferrari aux Émirats arabes unis, avec un défilé de plus de 100 voitures.

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Le Grand Tour se termine logiquement en Italie avec la Ferrari Roma, le dernier chef-d’œuvre du Maranello Style Center qui réinterprète le raffinement et la classe de la Dolce Vita des années 50 et 60 avec une touche contemporaine. Un choix de style et un mode de vie qui ne se limitent pas au Bel Paese mais que Ferrari représente et interprète, comme le montre l’exposition, de manières multiples et variées dans le monde entier.

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Mazda fête ses 100 ans et cela va se savoir

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Le 30 janvier dernier, Mazda a célébré son 100e anniversaire avec une cérémonie à son siège d’Hiroshima qui marque les débuts d’événements, dont le salon de Genève 2020, au cours desquels la société se souviendra de son passé et se tournera vers l’avenir.

Défier les conventions

Le courage de remettre en question les pratiques courantes et de forger de nouvelles voies en ingénierie et en conception, que d’autres considéraient comme irréalisables, a conduit l’équipe de Mazda depuis 1920. En cours de route, elle a été la première marque asiatique à remporter les 24 Heures du Mans en 1991, elle a lancé commercialement le moteur rotatif de l’emblématique Cosmo Sport 110S, celle a créé le roadster deux places le plus vendu au monde, la Mazda MX-5, écoulée à plus d’un million depuis son lancement en 1989, et elle a présenté le premier moteur à essence à allumage par compression, le Skyactiv-X.

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Du liège aux voitures

Il y a 100 ans, Mazda était un producteur de liège d’Hiroshima jusqu’à ce que Jujiro Matsuda, un industriel, prenne la direction de Toyo Cork Kogyo Co., Ltd en 1921 et transforme d’abord l’entreprise en producteur de machines-outils puis en constructeur de véhicules. Le premier modèle était un camion à trois roues – le Mazda-Go – qui a été mis en vente en 1931. Il s’est avéré populaire et a connu une amélioration continue, par exemple en recevant une transmission innovante à quatre vitesses en 1938 qui a réduit la consommation de carburant de 20%. Après la Seconde Guerre mondiale, la fabrication de camions n’a repris que quelques mois après le bombardement atomique d’Hiroshima. Les véhicules commerciaux sont restés au centre des préoccupations après la guerre et la première voiture de tourisme est arrivée en 1960 avec la Mazda R360. La voiture a été un succès dans le segment des voitures Kei au Japon, ouvrant la voie à la gamme de voitures Mazda que nous connaissons aujourd’hui.

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Réaliser l’impossible

En 1961, la société a signé un accord de licence avec le constructeur automobile allemand NSU pour développer et produire ses nouveaux moteurs rotatifs Wankel compacts et légers. Les ingénieurs japonais ont ensuite réussi ce que beaucoup pensaient impossible. En 1967, la Mazda Cosmo Sport 110S futuriste est devenue le premier modèle de production au monde à moteur rotatif. Ce fut le début d’une remarquable réussite qui verra la marque lancer de nombreux modèles dont la Mazda RX-7 et vendre près de deux millions de véhicules à moteur rotatif au fil des ans.

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La marque d’Hiroshima démontrera également ses prouesses technologiques sur la piste, en devenant le premier constructeur asiatique à remporter les exténuantes 24 Heures du Mans en 1991 avec la Mazda 787B à quatre rotors – la seule voiture victorieuse avec un moteur sans piston. Le moteur rotatif a inspiré la gamme révolutionnaire de moteurs, transmissions, plates-formes et carrosseries de technologie Skyactiv optimisée au nom de l’efficacité maximale.

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Identité distincte – l’amour de la conduite

Alors que le moteur rotatif était un exemple de la passion de Mazda pour les voitures amusantes à conduire, c’est après que le nom de l’entreprise a été officiellement changé pour Mazda Motor Corporation en 1984 qu’il a vraiment montré son amour de la conduite avec le lancement en 1989 d’un roadster léger appelé la Mazda MX-5 à une époque où les cabriolets biplace étaient pratiquement éteints. Aujourd’hui, quatre générations de modèles plus tard, la Mazda MX-5 reste le roadster le plus vendu de l’histoire, après avoir dépassé la barre du million d’unités de production en 2016. C’est l’amour de la conduite qui est l’ADN de toute la gamme Mazda aujourd’hui et qui restera pendant les 100 prochaines années alors que l’industrie automobile continue de subir des changements importants.

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Les 100 prochaines années

Aujourd’hui, Mazda propose une gamme de voitures, conçues à l’aide du langage de conception Kodo – Soul of Motion, qui remportent des prix à travers le monde et la marque continue de défier les conventions avec le lancement de son premier véhicule électrique, la Mazda MX-30. Un modèle pour l’avenir, il rend également hommage au passé de Mazda avec une cabine en liège écologique, rappelant les modestes débuts de l’entreprise en tant que Toyo Cork Kogyo. «Alors que nous envisageons les 100 prochaines années, nous continuerons de nous mettre au défi de créer des produits, des technologies et des expériences uniques que nos clients adorent», a déclaré le président et chef de la direction, Akira Marumoto.

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InterClassics Maastricht 2020: succès de foule! par Dimitri Urbain

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La vingt-septième édition du salon InterClassics de Maastricht a attiré pas moins de 34.473 visiteurs entre le 16 et le 19 janvier dernier. Le thème de cette édition, « forgotten classics » ou « les classiques oubliées », occupait la partie centrale de l’exposition avec 24 voitures. Autour, 800 voitures de toutes époques, du début du vingtième siècle aux Youngtimers, étaient offertes à la vente. Les prix étaient en général soutenus mais la qualité des véhicules également, qu’il s’agisse de voitures en état d’origine et peu kilométrées ou de restaurations menées avec soin. Pour compléter ce tableau, pas moins de 300 professionnels s’étaient déplacés de toute l’Europe et de nombreux clubs avaient également mis les petits plats dans les grands afin de susciter la curiosité des visiteurs. En outre, une vente aux enchères de véhicules historiques s’est déroulée le samedi ainsi que la première édition de Sim Formula Europe. De quoi faire le bonheur de tous les visiteurs, peu importe la génération à laquelle ils appartiennent.

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Soulignons également la démarche originale du Vooroorlogse Oldtimer Club qui offrait des magazines et livres automobiles gratuitement… aux visiteurs de moins de douze ans ! Voilà qui mérite d’être encouragé afin d’attirer les plus jeunes générations vers la voiture ancienne. L’infrastructure du MECC se prête particulièrement bien à ce genre d’évènement et, au fil des ans, InterClassics s’impose au premier rang des bourses européennes par sa qualité et sa diversité. Si vous l’avez manqué, voici quelques images pour vous donner envie de vous rendre à l’édition 2021 ! (Texte et photos: Dimitri Urbain)

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Maserati Spyder Vignale, une certaine idée du luxe conjuguée à la Dolce Vita.
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Fiat 600 premier modèle. Le numéro correspond à l’heure de départ des Mille Miglia, épreuve disputée par Brandi et Forini sur cette 600 en 1955.
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Affichée un peu plus de 42.000 €, cette Datsun 240Z est en parfait état.
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N’affichant qu’un peu plus de 46.000 km au compteur, ce coupé Peugeot 504 de 1969, l’un des premiers produits, n’a jamais été restauré et est une première main. Il était proposé un peu plus de 26.000 €
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Remonter le temps… c’est exactement ce que propose cette Fiat 127 premier modèle en parfait état de conservation.
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Veritas Nürburgring de 1951, à moteur BMW. Il s’agit de l’une des rares réalisations de route d’Ernst Loof, plus connu pour ses engins de compétition.
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Siata 208 S 8V. Le dessin de ce roadster est dû au talent de Michelotti et la réalisation est signée par le carrossier Motto en 1952 ! D’une très grande élégance et très moderne, cet exemplaire appartient à la D’Ieteren Gallery.
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Studebaker Champion Regal Deluxe Starlight Coupé 1950. Signée Raymon Loewy, cette voiture va inspirer plusieurs constructeurs européens au sortir de la guerre. Elle fait la part belle aux éléments d’aviation, notamment le traitement de la partie arrière du pavillon.
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Pegaso Z 102 GT Berlinetta. Cette voiture n’est pas italienne mais bien espagnole ! Pegaso est par ailleurs connu pour ses camions. L’idée était de démontrer tout le savoir-faire ibérique en matière automobile. Réalisée de manière artisanale et donc affichée à un prix très élevé, 86 exemplaires de cette Pegaso, tous différents, ont été finalement assemblés.
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March 711-2 de Ronnie Peterson, cette voiture a aussi été la première F1 pilotée par Niki Lauda. Datant de 1971, elle est bien évidemment équipée d’un V8 Cosworth et fait déjà preuve d’une aérodynamique poussée.
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Cocorico ! Authentiquement belge, voici la seule Gillet Vertigo FIA GT de 2005 encore existante, sur les trois construite. Elle est propulsée par un moteur Alfa Romeo V6 de 3 litres.
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Parmi les nombreux stands d’automobilia, ces pompes à essence parfaitement restaurées nous ont fait de l’œil. Elles constitueront une magnifique décoration de garage !
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 Qu’importe le flacon… ou le jerrycan, une Lada se révèle parfaite pour une course au long cours !
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Affichée à moins de 80.000 €, cette Honda NSX en parfait état est tout à fait utilisable au quotidien, malgré ses performances et sa technologie.
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Rarement vue en rue et sur les salons, la Borgward P100 représentait ce que le constructeur de Brême faisait de mieux à la fin des années 50. Les lignes sont d’inspiration américaine et bien loin de l’austérité des Mercedes ou BMW contemporaines. Produite très peu de temps à raison de moins de 2.500 exemplaires, elle dispose en série d’une suspension à air lui autorisant une garde au sol constante.
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Cette Suzuki Alto Works HA 11 S de 1995 est une « kei car ». Au Japon, c’est la seule catégorie de voiture pour laquelle il ne faut pas disposer d’un garage ou d’un parking afin de l’acheter. Ces voitures de petite taille sont équipées de moteurs de moins de 700 cm3 qui sont des concentrés de technologie miniaturisés.
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Amateurs de Volvo et de Saab, les Hollandais en ont conservés de nombreux exemplaires, à l’image de cette 99 de 1980. En excellent état, sa combinaison de teintes extérieure et intérieure ne manquera pas de séduire un amateur des années disco !
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Exposé sur le stand du club Volvo, ce cabriolet PV 444 n’est certes pas des plus élégants mais il est très rare : une vingtaine d’exemplaires seulement ont été assemblés.
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Un clin d’œil du club Opel pour terminer… avant de produire des voitures il y a eu des vélos et des machines à coudre !

Patrimoine: Jacques Durand : l’inlassable franc-tireur par Dimitri Urbain

Ce nom n’évoquera certainement rien pour vous… et pourtant, aux côtés de Jean Rédélé (Alpine), des frères Chappe et de Jean Gessalin (CG) ou encore de René Bonnet et Charles Deutsch (DB), Jacques Durand est l’un des plus prolifique constructeurs de voitures en (très) petite série en France. Son œuvre la plus connue est la Jidé.

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Fortement inspiré par Alpine, Jacques Durand se lance dans la conception et la réalisation d’un petit coupé à mécanique Renault 4CV dès 1957. Celui-ci est équipé de portes papillon, comme la Mercedes 300 SL !

Des débuts en miniature… à l’Atla

Né en 1920, Jacques Durand obtient un diplôme de mécanicien de précision à la fin de la seconde guerre mondiale. Il crée de toutes pièces les moteurs « Vega », destinés à motoriser des modèles réduits. Leur cylindrée minuscule n’empêche pas ces engins de prendre des tours comme un VTEC Honda et de permettre aux engins qu’ils motorisent de foncer à 100 km/h ! En 1957, Alpine l’inspire et une visite de l’atelier Chappe finit de le décider.  Il se lance dans la fabrication d’un petit coupé en polyester.  Si les portes papillon sont inspirées par la Mercedes 300 SL, la mécanique provient de la Renault 4 CV. L’Atla est née ! Moderne, elle repose sur un châssis tubulaire pesant moins de 40 kg. Elle est assemblée à une dizaine d’exemplaires au cours des deux années suivantes. Fort de ce relatif succès, Jacques Durand dessine un nouveau véhicule en 1959.

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Elégante et réussie, la Sera fait appel à des éléments mécaniques d’origine Panhard. Ses performances sont correctes mais son prix de vente et l’absence de réseau ne favorisent pas sa diffusion.

Sera : 1960-1962

La Sera est un élégant coupé qui deviendra également cabriolet compact, deux places, et pèse un peu plus de 600 kg. Celui-ci dispose d’un toit démontable, un peu l’ancêtre des Porsche Targa ! Cette fois fini le tout à l’arrière, la voiture est une traction qui fait désormais appel à un train avant et une mécanique Panhard Dyna. La suspension arrière provient de la même source et entre l’avant et l’arrière de la voiture se trouve une poutre centrale creuse. A cette époque Panhard fournit également DB. Le bicylindre à plat refroidi par air est autrement plus brillant que le placide 4 cylindres de la 4CV. Sa vitesse maximale frise les 160 km/h… ses formes aérodynamiques y sont pour beaucoup.

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Un maximum de pièces sont récupérées chez Simca et Citroën : vitrage, poignées, phares. Un investisseur offre un lieu de production à Bordeaux à Jacques Durant. Il déménage avec sa famille afin de suivre le projet. Une bonne vingtaine d’exemplaires voient le jour. L’un d’eux aboutit en Espagne, où un industriel se dit prêt à la produire en petite série. Durand déménage de l’autre côté des Pyrénées afin de travailler sur ce projet. Malheureusement, seuls deux exemplaires voient le jour, l’un motorisé par un antique moteur DKW 2 temps et le second par un moteur FIAT. Il continue à travailler le polyester sur place : bateaux, cuves à huile d’olive ou encore… des volants. En 1963, il rentre en France et fabrique des volants pour René Bonnet.

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Associé cette fois à Raymond Gaillard, concessionnaire Panhard à Paris, Jacques Durand présente un nouveau projet de coupé en 1963. Baptisé « Arista » à la demande de son associé, ce nom fait référence à une automobile produite par ce dernier dans les années 50. Les formes sont modernes et, encore une fois, la mécanique Panhard fait merveille grâce au poids très léger de l’engin.

L’Arista : 1963-64

De retour en France, Durand soumet un nouveau projet, l’ACPA, à Raymond Gaillard, important concessionnaire Panhard à Paris. Ce dernier accepte de se lancer dans l’aventure si le joli coupé porte le nom d’Arista. Il s’agit de la seconde voiture à porter ce patronyme, la première ayant également été financée par Raymond Gaillard dans les années 50 mais Jacques Durand n’y a pas travaillé. En deux mois, une première voiture est prête, à l’automne 1963. Equipée d’un moteur Panhard Tigre , la voiture est chère et ne rencontre pas un grand succès avec une dizaine d’exemplaires produits.

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Le patron de la SOVAM désirait offrir un coupé à son épouse, tout en créant ce qu’on appellerait de nos jours un « vecteur d’image » pour faire la promotion de ses autres productions, des véhicules destinés au commerce ambulant. Il s’associe dont à Jacques Durand afin de produire un petit coupé sur une base de Renault 4. D’abord équipée du 850 cm3 de cette dernière, il sera rapidement possible de disposer d’un 1100 cm3 puis du moteur 1300 cm3 de la R8 Gordini. Malheureusement son prix la met en concurrence directe avec une certaine Berlinette Alpine et elle disparaît après seulement quelques saisons…

 

Retour aux mécaniques Renault : la Sovam, 1965-68

Après ces différents projets à moteur Panhard, Jacques Durand rencontre un industriel, André Morin, spécialisé dans les utilitaires de marché réalisés en polyester. Celui-ci réalise également un utilitaire urbain sur base de la Renault 4. Désireux d’offrir un coupé à son épouse, il demande à Durand de dessiner une carrosserie de coupé qui s’adapterait à la plateforme de la Renault 4.

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Ce coupé Sovam 1300 est l’un des 5 exemplaires fabriqués avant l’arrêt de la production, en 1968.

Ici aussi, le toit est amovible et prend alors place dans l’espace arrière. Le pare- brise provient de la Renault Caravelle et… est monté à l’envers, raison de son aspect si particulier. Présenté lors du salon de Paris 1965, il est d’abord équipé du moteur 850 cm3 de la R4 qui n’en fait pas un foudre de guerre, loin de là. C’est la raison pour laquelle une version 1100 équipée du moteur de la R8 Major voit le jour. Elle reçoit même des freins à disques à l’avant mais son prix est beaucoup trop élevé.  Cette fois, les capacités industrielles de la SOVAM font la différence : la production atteint environ 150 exemplaires, également répartis entre versions 850 et 1100. En 1967, la voiture reçoit le moteur de la R8 Gordini mais… affichée aussi chère qu’une Alpine elle ne trouve que 5 clients. L’année suivante, Morin jette l’éponge.

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Librement inspirée par la Ford GT 40, la Jidé est la première création de Jacques Durand qui porte ses initiales. Bien née, avec son moteur central et ses éléments mécaniques essentiellement d’origine Renault Gordini, elle est vendue en kit ou toute montée.

La Jidé : une Durand à part entière, 1969-1973

Infatigable, Jacques Durand lance un nouveau projet courant 1969… fort de ses expériences passées, cette fois, il décide de travailler en solitaire. La Jidé porte désormais ses initiales ! Disponible à la vente à partir de 1970, il s’agit d’un petit coupé 2 places, librement inspiré de la Ford GT 40. Il reprend toute la mécanique de la sportive française la plus populaire de l’époque, la Renault 8 Gordini. Afin de lui assurer une certaine diffusion, Durand la vend en kit comprenant le châssis et la carrosserie, au client de trouver toute la mécanique et… procéder au montage. La voiture est même homologuée par le service des Mines, après avoir réussi toute une série d’essais et de crash-tests ! Légère, équilibrée et saine, ses performances sont dignes de celles d’une Alpine.  Le moteur est en position centrale et la boîte positionnée tout à l’arrière.

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Bien née, la Jidé connaît une brève carrière en compétition. A une époque où l’usine Alpine s’impose sur tous les terrains ou presque, la Jidé joue les trouble- fête avec des moyens plus que limités. En rallye, des pilotes comme Jean Ragnotti vont lui permettre de briller. Au nez et à la barbe des équipes d’usine !

Le châssis est tubulaire et reçoit la carrosserie en polyester. Le train avant est d’origine R8 Gordini, modifié chez Dangel afin de pouvoir régler le carrossage tandis que le train arrière est en fait un train avant de R 12 Gordini modifié. Jacques Durand en a retourné le triangle inférieur et monté un second au-dessus, associé à un tirant supérieur. Les amortisseurs sont double, comme sur la Gord’. L’ensemble est fixé sur le berceau arrière, démontable. Bien née, la Jidé se révèle même être une arme redoutable en rallye. La marque y signe d’ailleurs plusieurs exploits en 1972-73, notamment aux mains de Jean Ragnotti ! Ce pilote dont le talent n’a d’égal que sa modestie et son sens de l’humour va mettre le petit constructeur aux moyens ridicules sur un pied d’égalité avec Alpine, excusez du peu. En 1973 intervient la crise du pétrole et les autorités françaises interdisent les compétitions automobiles. Jidé ne s’en relèvera pas car Jacques Durand n’a pas les finances nécessaires pour traverser la tempête. Au final, après une production d’environ 130 voitures et kits, la marque est revendue, ainsi que les moules mais notre homme est déjà occupé sur un nouveau projet, la Scora.

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La Scora est une évolution de la Jidé. Son châssis renforcé lui permet d’encaisser des puissances bien supérieures à sa devancière.

Scora : 1974 à nos jours

Après la fin de l’aventure Jidé, Jacques Durand s’installe en Corrèze. La ville de Lapleau l’accueille. Il a pour projet de fabriquer des accessoires automobiles en polyester mais… très vite c’est d’une nouvelle voiture qu’il s’agit ! La Scora (pour « Société Corrézienne Automobile) est présentée à la fin de 1974. Dans les grandes lignes, il s’agit d’une Jidé, revue et corrigée afin d’encaisser des puissances toujours plus élevées. Mesurant 3,6 m de long et ne pesant qu’un peu plus de 600 kg, très rigide, elle reçoit un moteur Renault 1600 ou 1800 cm3. La puissance est de 160 ou 180 ch ! Les choses se présentent enfin sous un bon jour, plusieurs dizaines de commandes sont enregistrées lors de sa présentation. Néanmoins, Jacques Durand ne disposant pas de fonds propres, il doit faire appel à des financiers et c’est là que le bât blesse. Enormément de belles promesses ne se concrétiseront malheureusement pas. La production vivote, moins de dix exemplaires sont assemblés jusqu’à la fin des années 70. Contrairement à la Jidé, l’homologation se fait à titre isolé et se révèle très complexe. En 1982, Charly Carcreff achète la Scora de Michel Durand et il va la développer pour l’aligner en rallye. C’est ainsi que petit à petit l’idée de la remettre en production fait son chemin.

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Lors de sa présentation au salon de Paris 1974, la Scora fait sensation. Plusieurs dizaines de commandes sont enregistrées mais, hélàs, peu seront réellement honorées !

En 1988, Durand père et fils s’associent à Carcreff : « Carcreff Durand Compétition » est né ! L’aventure ne dure malheureusement que deux ans, les associés se séparent. Néanmoins, l’aventure continue sans la famille Durand et Charly Carcreff continue encore aujourd’hui à faire vivre la Scora.

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Le projet Scora est repris et porté, encore aujourd’hui, par Charly Carcreff. C’est lui qui en extrapole une version Maxi démontrant avec une efficacité redoutable la justesse des raisonnements et solutions choisies par Jacques Durand pour ses automobiles.

Jacques Durand s’est éteint en août 2009, laissant derrière lui environ 500 voitures produites… les plus abouties, les Jidé, continuent de faire la joie de nombreux amateurs, tant sur route qu’en compétition. C’est là le plus bel hommage à rendre à cet inventeur-né, dont les différents projets n’ont malheureusement jamais reçu le soutien qu’ils auraient mérité. (Texte: Dimitri Urbain – Photos issues en partie du site http://jide-scora.fr/ )

 

Melkus : la sportive improbable par Dimitri Urbain

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On a du mal à s’imaginer que ce joli coupé allemand était construit dans des conditions improbables.

Heinz Melkus voit le jour à Dresde en 1928. Enfant, il est baigné par les exploits des Flèches d’Argent et des Auto-Union de grand prix qui portent très haut les couleurs nationales. Il le sait, un jour il sera pilote de monoplace ! Malheureusement la guerre éclate en 1939 et aura des conséquences durables sur l’Allemagne. Après les hostilités, Dresde se trouve en zone contrôlée par les autorités soviétiques… un contexte loin d’être idéal pour devenir pilote ! (Texte: Dimitri Urbain)

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Heinz Melkus débute sa carrière de pilote à 23 ans, en 1951. Il court sur un engin de sa conception qui utilise toute la mécanique d’une VW Schwimmwagen, amphibie ayant survécu à la seconde guerre mondiale.

Le règne de la débrouille

Néanmoins, avec des bouts de ficelles, Heinz réalise son rêve. Dès 1951, il bricole une barquette à base d’éléments de Volkswagen Schwimmwagen datant de la guerre. L’année suivante il la modifie et lui donne des airs de barquette Veritas. Le moteur VW, placé à l’avant, est trop limité en puissance. Sans engranger de réels succès, il se tourne dès 1954 vers la formule 500 en monoplace. Heinz se construit un racer 500, très inspiré par les Cooper VIII et équipé d’un moteur JAP… dont on se demande comment il a pu finir en Allemagne de l’Est ! Avec cet engin, il termine troisième du championnat national en 1956 et 57 et le remporte en 1958.

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C’est la formule Racer 500  qui apporte la notoriété à Melkus et lui permet de devenir constructeur de monoplaces. Ici, une formule Junior de 1962.

De pilote à constructeur

Considéré quasiment comme une gloire nationale par les autorités, Heinz dispose désormais de certains contacts qui lui permettent de développer une activité de constructeur de voitures de compétition… chose jamais prévue dans aucun plan quinquennal ! C’est ainsi qu’entre 1959 et 1963, 25 monoplaces de formule Junior voient le jour. Equipées d’un moteur Wartburg 1.000 cm3, elles remportent un certain succès dans diverses compétitions des pays de l’Est. L’année suivante c’est une Formule 3 qui voit même le jour, utilisant toujours la même mécanique éprouvée, désormais poussée à 85 ch. Cette fois, la production atteint une petite centaine d’exemplaires et se poursuit jusqu’en 1969.

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Commande d’état, la Melkus RS 1000 met en valeur toutes les productions nationales de la République Démocratique Allemande lors des festivités du vingtième anniversaire de sa création.

Melkus, nouveau constructeur national !

La notoriété est là, les autorités sont bienveillantes par rapport à ces activités complètement à la marge qui font la renommée du pays. C’est pourquoi en 1968, l’Automobile Club de la République Démocratique Allemande confie à Heinz Melkus la mission de construire une voiture de sport nationale ! Elle devra être présentée lors des festivités du vingtième anniversaire de la RDA l’année suivante. Sans délai, il se met au travail. Melkus va donc faire son marché dans les productions IFA (Industrieverband Fahrzeugbau), l’association nationale des constructeurs automobiles regroupant les motos MZ, les automobiles Trabant et Wartburg, les utilitaires Barkas, les camions Framo et les tracteurs Forschnitt. Il bénéfice également du soutien d’entreprises nationales comme Pneumant (pneus) ou encore Narva (fabriquant d’ampoules).

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Le châssis de la RS 1000 est étroitement dérivé de celui de la Wartburg 353 présentée en 1966. Cette berline compacte aux lignes agréables marque le pas par sa technologie dépassée : moteur 2 temps, châssis séparé…

La RS 1000

Avec la bénédiction des autorités, Melkus fait appel à l’Académie des Arts de Berlin pour le dessin de la carrosserie. Très aérodynamique, elle est réalisée en polyester avec un toit et des portes papillon en aluminium. Les tests en soufflerie réalisés par l’université de Dresde lui garantisse une certaine stabilité sur route. Nécessité faisant loi, le pare-brise est celui de la Wartburg 353 ; il est un peu haut pour cette utilisation. La vitre arrière, elle, est en fait un… pare-brise de tracteur ! De son côté, le bureau d’études de l’usine d’Eisenach apporte également son concours pour l’adaptation de tous les éléments d’origine Wartburg. Le châssis séparé de la 353 est utilisé. Raccourci, il est renforcé et reçoit un arceau afin de rigidifier l’ensemble et protéger les occupants. Les quatre roues sont indépendantes, avec des triangles superposés à l’avant et des bras tirés à l’arrière tandis que des ressorts hélicoïdaux sont montés aux quatre coins.

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Vue sous cet angle, qui pourrait dire que la vitre arrière de la Melkus est en fait… un pare-brise de tracteur ? Tout au long de sa carrière de pilote- constructeur Heinz Melkus a fait preuve d’une ingéniosité hors du commun afin d’atteindre ses objectifs.

Direction et freinage (à 4 tambours !) sont également repris tels quels de la 353. Le moteur est toujours le 3 cylindres 1.000 cm3 2 temps de chez Wartburg, un développement du moteur DKW d’avant-guerre. Equipé de 3 carburateurs de moto MZ, d’un échappement libéré fait maison et de pièces internes optimisées, il développe 70 ch, un rendement très honorable, surtout que l’engin n’accuse que 750 kg sur la balance. Elle atteint 170 km/h en pointe, de quoi laisser sur le côté tout le reste de la production nationale ! En version compétition, elle est poussée à 100 ch tandis que le poids est réduit à 700 kg et elle atteint plus de 200 km/h en pointe. La boîte est modifiée, un cinquième rapport est ajouté mais… afin de réduire les coûts et la difficulté, il se trouve très mal positionné, entre le second et le troisième rapport. A partir de 1972, Melkus en profite pour augmenter un peu la puissance en réalésant le moteur qui passe désormais à 1.119 cm3. La puissance passe ainsi à 90 ch en version route et 118 en version course. Le freinage de la 353, à 4 tambours s’est toujours avéré le point faible de la voiture. Un nouveau montage à disques sur les 4 roues, d’origine Polski Fiat, est adopté.

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Ces agréables monoplaces sont équipées de moteurs Lada et prenaient part à une formule Lada, pendant de la formule Ford pour les pays du bloc de l’Est.

Production artisanale

Bon an mal an, ce sont une dizaine d’exemplaires qui sortent des petits ateliers de Dresde jusqu’en 1979, sans que de grands changements interviennent. Si la production est peu importante c’est autant à cause des difficultés d’approvisionnement en ex-RDA qu’à la politique de vente qui était entre les mains de l’état et d’une commission qui choisissait les pilotes les plus méritants pour leur en attribuer un exemplaire ! Même si les délais de livraison étaient très longs, ils étaient sans commune mesure avec le temps d’attente d’une Trabant (2 ans pour la Melkus contre au moins 5 pour la Trabant) Jusqu’aux années 90, Melkus produit différentes monoplaces équipées de moteur Lada, destinées à une formule monotype du bloc de l’Est.

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Aucune fioriture dans le traitement du panneau arrière de la RS 1000 qui affiche clairement ses orgines…

La renaissance

Après la chute du mur, la famille Melkus devient concessionnaire BMW pour Dresde et Chemnitz. A partir de 2006, Peter Melkus, fils de Heinz et son fils, Sepp, proposent des restaurations de véhicules portant leur nom ainsi que… la construction de 15 exemplaires « Revival » de la RS 1000. Deux puissances sont disponibles et toujours avec le 1.000 cm3 Wartburg : 75 et 85 ch, tandis qu’un réalésage à 1.118 cm3 permet de disposer de 95 ch.

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Sans doute l’angle le plus agréable de la Melkus, bien dans la lignée des petits coupés sportifs dérivés de la grande série des années 60- 70 : Alpine, bien sûr, mais aussi CG, Marcadier, Jidé en France ou Davrian et Ginetta en Grande Bretagne.

En parallèle, 5 autres exemplaires sont assemblés avec un moteur Volkswagen 1.600 cm3 de 102 ch. Il y a un lien historique puisque l’usine Wartburg a été intégrée au groupe VW après la réunification des deux Allemagne… et que les dernières 353 ont été produites avec des moteurs de Polo.

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Basée sur un châssis de Lotus, la RS 2000 de 2009 connaît une courte carrière car la société fait faillite dès 2012… seuls une poignée d’exemplaires sont produits pour des amateurs très éclairés.

En 2009, Melkus présente une évocation actualisée de son modèle légendaire : la RS 2000. Cette fois, elle utilise un châssis de Lotus Elise et propose des motorisation Toyota et Audi offrant jusqu’à 400 ch, pour un poids contenu à 1.000 kg. Quelques exemplaires sont produits jusqu’en 2012, au moment où la Melkus Sportwagen GmbH fait malheureusement faillite… c’est désormais le Melkus Motorsport Team, toujours aux mains de la famille, qui assure la pérennité de l’héritage de la marque. (Dimitri Urbain)

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Cette banale et humble berline à châssis séparé et moteur 3 cylindres 2 temps a donné naissance à l’unique voiture sportive de la RDA… Sa technologie remonte aux DKW d’avant la seconde guerre mondiale.