Passer deux jours en compagnie de la Maserati MC20 Cielo à l’aube du printemps, voilà une proposition qui ne se refuse pas. Direction Paris pour enlever la belle, embarquer notre photographe et consulter les prévisions météo. Va pour la Champagne afin de débusquer quelques rayons de soleil pour faire claquer le jaune mat (Giallo Genio Matte) de notre exemplaire. Le début d’une belle parenthèse… (Photos : Benji)

Les transports en commun n’ont jamais été la tasse de thé de votre serviteur. Les courants d’air des halls de gare et les retards systématiques de certains trains ne m’ont jamais encouragé à privilégier les moyens de transport partagés. Lorsque l’écran d’information du quai affiche une grosse vingtaine de minutes de retard pour l’Eurostar chargé de m’emmener à Paris, j’enrage sachant que ce sera autant de minutes de perdues au volant d’une voiture très sportive, qui plus est à moteur thermique. La chose devient tellement rare que je n’ai pas envie d’en perdre une miette. Heureusement, le taximan qui doit me conduire de la Gare du Nord vers le concessionnaire parisien chargé de me remettre les clés de la Maserati MC20 Cielo qui sera mienne pour 48 heures, est un as et il efface mon retard en slalomant au cœur de la circulation parisienne.

Portes en élytre conservées
Le photographe local qui sera mon compagnon de voyage, est un homme organisé et il me propose de prendre la direction de Reims pour profiter des rares éclaircies annoncées ce jour-là. Mais avant de se lancer à l’aventure, je vous invite à faire le tour du propriétaire. La Maserati MC20 Cielo fait figure de tête de gondole dans la gamme du constructeur italien. Apparu en 2022, le spyder réussit la gageure de conserver les portes en élytre de la version coupé, ce qui le rend particulièrement spectaculaire auprès du grand public. Monter et descendre de l’auto se fait souvent sous le regard incrédule des passants, autant dire qu’il vaut mieux faire preuve de souplesse et de dextérité si l’on ne veut pas être ridicule. La MC20 Cielo dispose d’un toit rigide qui s’escamote en 12 secondes en roulant sous les 50 km/h. Il dispose également d’un système ingénieux, mis au point par Webasto et permettant de l’opacifier ou de le laisser transparent selon l’envie du conducteur.

L’ensemble pèse 65 kilos mais avec les chevaux disponibles sous le capot arrière, cela ne devrait guère prêter à conséquence au niveau des performances. La manœuvre de décapotage ne peut se faire que via l’écran central mais là aussi, le spectacle des mécanismes du couvre-capote s’activant dans un ballet parfaitement synchronisé attire inévitablement l’attention. Pour le reste, les lignes extérieures sont compactes et racées, les ingénieurs ont assuré l’appui via l’effet de sol sans recourir au moindre aileron. La face avant identifie immédiatement le modèle à la grande lignée des Maserati ce qui est moins évident à l’arrière où l’on pourrait la confondre avec une rivale anglaise. Derrière les deux passagers se cache un 3.0 V6 biturbo de 630 chevaux envoyés directement sur les roues arrière. La boîte de vitesses robotisée à double embrayage dispose de 8 rapports que l’on peut sélectionner, en mode manuel, via de superbes palettes en carbone situées derrière le volant.

Halte au château de Ferrières
Je vous parlerai de l’habitacle plus tard, lorsque les premiers kilomètres m’auront permis de mieux en appréhender les commandes. En attendant, je mets le moteur en marche pour quitter la concession Schumacher située à Saint Cloud et je m’élance dans Paris pour rejoindre l’A4 en prenant mille précautions à bord d’une voiture dont la visibilité n’est pas la qualité première. Heureusement, notre exemplaire est équipé du Driver Assistance Package qui inclus la caméra à 360°. La circulation est dense et lorsque les véhicules commencent à s’espacer, mon copilote me demande de quitter l’autoroute à hauteur de Marne la Vallée parce que nous sommes attendus au château de Ferrières pour une première séance de photos. Ce majestueux château du 19e siècle de style Renaissance a été construit par l’architecte Praxton pour le Baron James de Rotschild. Il appartient désormais à la commune de Ferrières-en-Brie qui en a fait une école qui s’organise autour de trois pôles : gastronomie, hôtellerie et luxe.

Nous y avons été particulièrement bien accueillis puisque nous avons eu accès au parc à l’anglaise de 125 hectares, l’un des plus beaux de France, pour y faire poser la Maserati MC20. La météo n’est pas facile et le photographe de bat avec les nuages. Une fois le shooting terminé, nous reprenons un morceau de l’A6 en direction de Reims pour y faire chanter le V6. Sa sonorité n’est pas spécialement agréable en mode GT, celui que je vais privilégier durant tout ce road-trip. Mais je ne peux m’empêcher de tester les modes Sport et Corsa, nettement plus expressifs. La poussée est alors beaucoup plus franche et le moteur chante davantage au son du souffle des soupapes de décharge des turbos. Cela rappelle inévitablement le son des voitures de rallye du Gr.B. Ambiance…

On veut des virages !
Mais trêve d’autoroute, je décide de quitter l’A4 à hauteur de Château-Thierry pour emprunter la D1003 vers Crézancy et Dormans. La Maserati MC20 Cielo est dans son élément et virevolte de courbes en courbes. Les bosses ne l’effrayent guère mais il faut alors bien la tenir pour éviter toute dérobade du train arrière. Les palettes derrière le volant sont vraiment parfaitement dessinées et ne gênent même pas l’accès aux leviers commandant les clignotants ou les essuie-glaces. Et tant que je vous parle d’ergonomie, l’heure est venue de décrire davantage ce poste de pilotage. La position de conduite est parfaite et les sièges, même s’ils ne sont pas réglables en hauteur, sont suffisamment bas à mes yeux. Le volant est réglable dans tous les axes et il est particulièrement agréable à manipuler avec son alliance entre carbone et nubuck. Sur la branche de gauche, on règle le régulateur de vitesse et l’on contrôle le système de levage de l’avant, et sur celle de droite, on règle le volume du son et la commande du téléphone. Deux petits boutons sont placés sous ces branches ; le premier commande le launch control et le second sert à démarrer le moteur.

Face à moi, je retrouve un combiné affichant les données utiles au pilotage comme la vitesse, le compte-tours et d’autres données de l’ordinateur de bord choisies en fonction des besoins. Selon le mode de conduite sélectionné, l’affichage varie en donnant la priorité à certains chiffres. L’un de mes affichages préférés indiquait l’état des pneus entre Froid, ok ou chaud. Enfin, l’écran central de 10 pouces, appelé Maserati Touch Control Plus (MTC Plus), commande malheureusement tout le reste. Le chauffage, l’ouverture du toit, la caméra 360° ou encore tout ce qui touche à l’état général de la voiture. Cela demande un peu trop de concentration à mon goût lorsqu’on conduit d’autant qu’il est légèrement orienté vers le conducteur. Pour le reste, le carbone et l’alcantara règnent en maître dans un habitacle où les espace de rangement sont très réduits. Et comme le coffre arrière, souvent chauffant vu la position du moteur, ne propose que 100 litres, il s’agira de voyager léger. Il existe bien un autre espace de 50 litres sous le capot avant mais il est occupé par divers rangements estampillés Maserati accueillant les trousses de secours et autres babioles.

En passant par Gueux…
Je poursuis ma route vers l’est et les paysages changent progressivement en se faisant plus vallonnés alors que les premières vignes apparaissent sur les coteaux. Le soleil se montre de moins en moins timide alors je décapsule l’auto pour mieux profiter de l’air printanier qui nous enveloppe. Dès que la visibilité le peut et que les virages s’enchaînent j’en profite pour faire chanter la mécanique et aérer ses pistons. La Maserati est relativement compacte et ses roues placées aux quatre coins de la carrosserie, chaussées en Pirelli P Zéro de 20 pouces, accrochent parfaitement le bitume. En mode GT, la fermeté des trains roulants n’est jamais répréhensible et les kilomètres de la D980 s’enchaînent avec sérénité. En revanche, je perds régulièrement mon calme lors des traversées de villages. Certes, la suspension dispose de ce fameux système de levage qui permet d’aborder les gendarmes couchés en toute sérénité mais la lenteur du mécanisme et la vitesse particulièrement basse qu’il faut adopter m’exaspèrent.

On profite certes des jolis tracés vallonnés de la région champenoise mais le nombre de villages entre quelques enfilades de virages gâche mon plaisir. Très psychologue, Yann le photographe propose alors de faire une autre pause photo sur l’ancien tracé du circuit de Gueux, devant les bâtiments remis à neuf par des passionnés locaux. L’endroit est sympathique mais il faut énormément d’imagination pour penser que des bolides avalaient cette longue ligne droite, trop fréquentée à notre goût, en chassant la victoire et les honneurs. Cette première journée se termine en cherchant quelques jolis endroits entre les vignes pour faire poser la Cielo sans son toit.

Météo capricieuse
Pour cette deuxième journée d’essai, le vendredi avant le lundi de Pâques, on doit composer avec un temps maussade. Cela n’amuse pas le photographe mais heureusement, on a déjà pas mal d’images de la veille dans la boîte. Alors c’est vers Epernay que je dirige le nez de la belle Italienne en profitant encore et toujours de ces serpents d’asphalte tracés au gré des vignobles. La Route touristique du Champagne propose quelques itinéraires bucoliques au cœur du pays champenois. Avec ses six circuits et environ 600 kilomètres de balades au total, elle appelle à l’évasion pour une immersion dans un océan de vignes. À flanc de coteaux, à travers les villages vignerons ou encore au cœur de sites naturels remarquables, trois circuits sont accessibles au départ d’Epernay : la Vallée de la Marne avec un magnifique panorama sur la rivière, la Montagne de Reims, qui vous mènera par monts et forêts jusqu’à la prestigieuse Cité des Sacres, et enfin la Côte des Blancs, au charme bucolique et viticole. Il y en a pour tous les goûts et la Maserati MC20 Cielo se délecte des courbes et des collines en faisant gronder son V6 biturbo en mode Sport. Je préfère ne pas abuser du mode Corsa qui impose de se passer de l’antipatinage car s’il n’a pas plu trop fort, la route est néanmoins brillante dans certaines portions du parcours. Et puis il n’est pas réellement utile d’effrayer les autres usagers de la route même si les cyclistes sont plutôt rares.

Il faut dire que ce moteur apprécie les hautes envolées lyriques et même s’il ne chante pas comme un V8, sa musicalité bestiale assortie du souffle des wastegates me pousse à toujours en rajouter pour aller frôler les limites de l’enchanteresse. L’étroitesse relative de l’habitacle n’est jamais un handicap et lorsque le toit est ouvert, l’air ne s’engouffre jamais de manière incontrôlée. Une petite fenêtre disposée entre les deux appuie-têtes peut être abaissée ou relevée selon les besoins en air dans le cockpit. Je regrette seulement les sifflements continus des disques de frein qui ont visiblement déjà bien dégusté de la part des journalistes qui m’ont devancé à bord de cet exemplaire destiné aux essais presse. La voiture affichait un bon 6000 km lorsque j’en ai hérité. Autant dire que l’option « freins céramiques » est sérieusement conseillée si vous avez l’intention d’exploiter un tant soit peu votre MC20 Cielo.

Retour sur Paris sous les encouragements
La météo ne s’améliore pas et la circulation sur les routes, à la veille de ce week-end pascal, est trop dense à notre goût alors on choisit raisonnablement de regagner la capitale française. Mais ce qui m’a le plus surpris lors de cette chouette escapade, ce sont le nombre de signes de sympathie reçus lors de nos différents déplacements. Que cela soit des pouces levés, des enfants aux yeux écarquillés et même des personnes à priori peu intéressées par l’automobile qui nous confiait être amoureux de « notre » voiture sur le parking de l’hôtel. Même en France, où l’automobile sportive est lourdement taxée pour décourager la moindre envie de se faire plaisir au volant, la Maserati MC20 Cielo provoque des réactions largement positives. Mais revenons un instant sur le 3.0 V6, appelé Nettuno dans le jargon de la marque, pour souligner qu’il possède un carter sec pour mieux fréquenter les circuits à l’occasion mais qu’il désactive un banc de cylindres dès qu’il peut à faible charge, en descente, on entend clairement qu’il se fait discret.

Mais il ne se contente pas d’éteindre les bougies des cylindres concernés puisque les soupapes restent également fermées. Un mécanisme discret qui ne choquera personne car s’il permet d’économiser quelques précieux décilitres, il n’entrave jamais le besoin de chevaux lorsqu’on appuie à fond sur l’accélérateur. Chose que je me permets encore à l’occasion sur l’autoroute du retour pour profiter une dernière fois de tous ces chevaux thermiques procurant des sensations inimitables, quel que soit les artifices utilisés par les électro-déplaçoirs. Puis ce sont les traditionnels embarras de circulation que je retrouve à l’entrée de Paris. Dans les files, seuls les motards sont à la fête et une nouvelle fois, certains nous font des signes de sympathie en nous doublant.

Bilan comptable
Avant de rendre les clés de la MC20 Cielo solaire, je me penche une dernière fois sur sa fiche technique pour préciser que son réservoir d’essence cube à 60 litres. Durant nos 460 km d’essai, nous avons consommé 16,3 l/100 km mais les nombreuses séances de photos d’action sont réputées pour exiger leur dose de sans plomb. La consommation mixte annoncée par la marque bolonaise est de 11,6 l/ 100 ce qui paraît plausible si vous choisissez de profiter davantage des paysages et des nombreux monuments architecturaux rencontrés sur les routes champenoises. La MC20 Cielo est accessible à partir de 281.650 euros mais les possibilités de personnalisation sont particulièrement nombreuses ; à l’image des 25 teintes de carrosserie originales de la ligne Fuoriserie, des étriers de freins colorés selon vos envies, des 12 couleurs du même nom réservées à l’habitacle et plus particulièrement aux sièges et aux contre-portes. Mais ce n’est pas tout, il existe également une série de packs pour ajouter du carbone à l’intérieur (Pack Intérieur Carbon Light), à l’extérieur (lame avant, diffuseur arrière et capot…), sans oublier le Driver Assistance Package (caméra 360°, alerte piéton, détecteur d’angles morts…). Enfin, si vous estimez que cette voiture est encore trop discrète, vous pouvez ajouter un énorme trident sur le couvercle du toit pour afficher vos couleurs lors de l’ouverture de celui-ci. Comment dit-on jamais assez chez les Italiens ? (Article paru dans Le Moniteur Automobile #1813 du 30 avril 2024)

