Renaissance : Ballot renaît en électrique, le signe d’une nouvelle tendance ?

Le petit monde de la voiture ancienne est en mouvement perpétuel. Après avoir connu la fièvre des restaurations « plus neuve que neuve », la mode est allée à la conservation de la patine d’époque, et aux restaurations très limitées. Plus récemment, ce sont les « restomods » qui ont séduit de nombreux amateurs. (Texte: Dimitri Urbain)

La recette est simple : vous prenez une ancienne, vous la modifiez avec des éléments plus modernes (moteur plus puissant, freins, châssis…). Les plus célèbres réalisations de cette tendance sont certainement les Porsche Singer et les Alfa Romeo de chez Alfaholics. Ensuite sont venues les anciennes remotorisées en électrique : Jaguar Type E, Renault 4, Mini, Twingo… on pourrait dire que tout y passe, ou presque ! Une nouvelle tendance pourrait s’imposer : ressusciter une marque tombée dans l’oubli en respectant son histoire mais en l’adaptant.

La Grand Prix s’inscrit dans l’esprit des Ballot de compétition avec moteur à double arbre à cames en tête et quatre soupapes par cylindres mais sa propulsion est… électrique !

Faire renaître une marque disparue ?

C’est ce qui arrivé avec Ballot. Les frères Edouard et Maurice Ballot commencent à fabriquer des moteurs en 1905. Edouard est mécanicien de marine, ses productions sont donc destinées à des bateaux et c’est ce qui explique également la présence de l’ancre sur le logo de la marque. Leurs moteurs étaient aussi vendus à des constructeurs automobiles, comme c’était souvent le cas à cette époque : Delage faisait partie des clients de la société. Durant la première guerre mondiale, ces moteurs sont utilisés pour de nombreux usages. Après les hostilités, Ballot doit se reconvertir et l’automobile est alors perçue comme une planche de salut. Les frères Ballot suivent donc l’exemple de nombreux constructeurs d’avions comme Voisin, Farman… et Ballot se lance dans l’automobile avec  des voitures de compétition.

Elles sont destinées à courir les 500 miles d’Indianapolis, la Targa Florio ainsi que d’autres compétitions prestigieuses de cette époque. Elles y remportent d’ailleurs de nombreux succès. Leur moteur est un 8 cylindres de 4,9 l à double arbre à cames en tête et 4 soupapes par cylindre, excusez du peu. Elles sont l’œuvre de l’ingénieur Henry qui, quelques années auparavant, en a conçu d’autres, assez similaires, pour… Peugeot. Il faut attendre 1921 pour que Ballot sorte une voiture de route. Equipée d’un moteur 2 litres et de freins sur l’essieu avant, elle préfigure ce que deviendra l’automobile, quelques années plus tard. Dès 1927, un modèle 8 cylindres 3 litres est présenté. Malheureusement, le crash boursier de 1929 passe par là, Ballot vivote jusqu’en 1931, année où Hispano-Suiza reprend la marque mais celle-ci disparaît dès l’année suivante.

Avant-guerre électrique

Aujourd’hui, après presque cent ans d’arrêt, Ballot refait surface. L’histoire redémarre en 2021, lorsque le groupe Valdene décide de faire revivre la marque. L’idée n’est pas simplement d’utiliser le nom mais… de sortir des véhicules d’avant-guerre en motorisation électrique ! Ceux-ci sont disponibles à la vente ou à la location et respectent l’esthétique d’époque. Il s’agit d’un roadster baptisé « Grand Prix » et d’une limousine « Phaéton ». Un troisième modèle dénommé « Torpédo Sport » est également prévu. Ballot insiste sur le fait que ce sont des voitures ayant un aspect ancien mais elles sont facile à conduire, à entretenir et réparer. L’industrie du cinéma, de la communication ou encore des parcs d’attractions sont clairement ciblés. Ballot veut également créer une émulation autour de ses véhicules, afin de mettre en valeur un savoir-faire artisanal. Chaque voiture est unique et numérotée, offrant des possibilités de personnalisation nombreuses et variées au client. Le département carrosserie de la marque, baptisé Lavaldène, peut étudier et réaliser tout type de carrosserie, exactement comme il y a un siècle.

Grand volant, instrumentation limitée au strict nécessaire et aluminium guilloché sont évidemment au programme, exactement comme il y a un siècle.

Grand Prix ou Phaéton, sportive ou berline dans la tradition des années 20

La Grand Prix est basée sur un châssis court et n’offre que deux places. De la calandre bien reculée à son arrière en pointe, en passant par l’absence de portières, elle reprend toutes les caractéristiques des sportives de l’époque. La Phaéton, quant à elle, utilise un châssis plus long et peut accueillir quatre à six passagers. Intégralement découvrable, elle peut en outre recevoir divers accessoires, comme à l’époque : des coffres, des phares… Toutes deux sont équipées d’un moteur 12 ou 15 kW et d’une batterie lithium-fer-phosphate de 280 Ah, plus respectueuse de l’environnement et supportant un nombre de cycles de recharge-décharge plus élevé qu’une batterie Li-ion. L’ensemble est neuf et assemblé en France. L’autonomie reste limitée avec… 100 ou 120 km seulement et un temps de recharge allant jusqu’à 12 h, en fonction du chargeur utilisé.

Construite sur châssis long, la Ballot Phaéton accueille quatre à six passagers et est entièrement découvrable. Idéal pour des photos de mariage dans une vaste propriété !

Les Ballot ne sont pas homologuées pour la route : elles sont réservées à des usages sur terrain privé, malheureusement. Les rendre conformes à la réglementation actuelle aurait coûté une fortune et les aurait fortement éloignées de l’esprit des voitures d’il y a un siècle. L’assemblage est réalisé en quatre à six mois, dans un complexe de bâtiments datant du XIXème siècle, situé en Vendée. Mouilleron en Pareds ne se trouve pas très loin des Sables d’Olonne. La propriété permet également de les tester sur terrain privé. Ballot limite sa production à une vingtaine d’exemplaire sannuels, tous numérotés.  Les tarifs débutent à 88.000 € hors taxes pour la Grand Prix et 135.000 € hors taxes pour la Phaéton. A défaut d’en acheter une, il est possible également de les louer à la semaine ou au mois…

Les carrosseries sont évidemment réalisées à la main et, tout comme il y a cent ans, le client peut choisir ce dont il a envie, sur châssis court ou long. Deux place de sport, quatre ou six places, ouverte, fermée… utilitaire, pourquoi pas ? La technique du châssis séparé se prête facilement à nombre de réalisations et la propulsion électrique facilite également les choses.

Une bonne idée ?

En soi, recréer de toutes pièces une voiture d’il y a cent ans en utilisant des technologies actuelles n’est pas neuf mais faire renaitre un constructeur disparu reste original. Ballot n’envisage pas une production pléthorique et reste réaliste… ces véhicules ne sont pas utilisables sur route ouverte et leur tarif les réserve à quelques privilégiés. Les proposer en location est aussi une bonne idée et, peut-être, seront- elles bientôt visibles dans une série ou un film à succès ? C’est tout le mal qu’on leur souhaite pour se faire (re)connaître !

La « production » est limitée à une vingtaine d’exemplaires annuels, tous numérotés. Le montage se fait dans les bâtiments du XIXème siècle d’une propriété vendéenne. Les Ballot peuvent également y être testées et essayées, non loin des Sables d’Olonne.

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