A l’occasion du 101e Salon de l’Auto à Bruxelles, nous avons eu l’opportunité de rencontrer l’ingénieur chargé du projet Alpenglow HY6, ce superbe prototype chargé d’ouvrir la voie à l’hypothétique engagement d’une Hypercar Alpine motorisée par un moteur à hydrogène dans le Championnat du Monde d’Endurance.
Par rapport au premier opus appelé Alpenglow HY4, on est passé d’un 4 à un 6 cylindres. Quelle en est la raison ?
«Au départ, nous souhaitions découvrir la technologie de l’hydrogène en partant d’un moteur de course existant, en l’occurrence, un 4 cylindres développé par Oreca. Mais nous avons choisi, par la suite, de repartir d’une feuille blanche en dessinant nous-mêmes les chambres de combustion, par exemple. Nous avons ici le premier moteur de compétition conçu autour de la spécificité de l’hydrogène. Cela touche à la maîtrise de la combustion qui est fondamentale pour arriver à produire de bons rendements et de bonnes performances avec de l’hydrogène.»
En prologue des 24 heures du Mans, l’Alpenglow HY4 a roulé avec Zinedine Zidane en passager.
On se souvient que Spa-Francorchamps n’a pas été un très bon souvenir pour vous puisque l’Alpenglow HY4 devait y effectuer une démonstration qui a tourné court…
« En effet, nous y avons rencontré des soucis électronique mais il faut préciser que ce genre de prototype ne roule pas tous les jours et qu’il avait peu de kilomètres dans les roues. Heureusement, nous avons pu faire rouler Zinédine Zidane en prologue des 24 heures du Mans, quelques semaines plus tard pour le plus grand bonheur des milliers de spectateurs présents. »
Et cette nouvelle version à 6 cylindres, a-t-elle déjà roulé ?
« Pas encore mais c’est prévu dans un avenir très proche. Elle est prête à rouler comme vous la voyez là, donc notre pilote d’essai chargé de la mise au point des liaisons au sol, David Praschl, se verra confié le volant pour ses premiers tours de roue. »
Sur le banc, les performances du 6 cylindres ont largement dépassé les attentes. Prometteur.
On sait que le WEC et l’ACO envisagent sérieusement d’ouvrir leurs compétitions à des hypercars à hydrogène. Y-a-t-il une volonté d’Alpine de jouer la victoire dans cette future catégorie ?
« Cela fait partie des choses que l’on a en tête mais il n’y a aucune décision prise à ce stade. Néanmoins, l’objet de cette voiture et de tous les travaux que l’on fait autour de l’hydrogène, c’est d’assembler les briques technologiques pour que si jamais cette décision devait être prise, nous soyons prêts à y aller. Par exemple, sur ces spécifications de performances, le moteur peut très bien être la mécanique engagée à de futures 24 heures du Mans. Au banc, il a affiché des chiffres supérieurs à ce que nous espérions au départ. »
Quel est le plus gros point à travailler ? Les ravitaillements ? L’autonomie ?
« Pour faire de la course avec de l’hydrogène, il faut nécessairement un stockage liquide or, la voiture que vous avez sous les yeux fonctionne encore avec un stockage gazeux. A ce niveau-là, il y a énormément de choses à mettre en place, c’est un gros challenge technique auquel nous travaillons fort. C’est la principale pierre d’achoppement. Mais pour d’éventuelles voitures de série fonctionnant à l’hydrogène, nous resterions sur de l’hydrogène gazeux. Pour la compétition, le stockage liquide est plus compact et logiquement plus rapide à ravitailler. Mais l’inconvénient, c’est qu’il doit être stocké à -253°… Il faut donc un réservoir parfaitement isolé et, contrairement à une voiture de série, le carburant est entièrement consommé en peu de temps. »
L’Alpenglow HY6 devrait alors être modifiée et cela est-il déjà prévu dans sa conception ?
« Par rapport à l’hydrogène gazeux, on gagne à peu près 50% de volume pour la même quantité stockée. Sa densité est plus importante. Et comme on stocke l’hydrogène liquide à basse pression, les structures sont beaucoup plus légères. On peut ainsi faire des formes plus complexes, plus intégrables dans une voiture avec un réservoir à hydrogène liquide. »
Quel sera votre travail à l’avenir maintenant que cette HY6 est prête à prendre la piste ?
« Personnellement, je m’occupe de toutes les technologies sur l’hydrogène au niveau des moteurs à combustion interne et de son stockage. Pour l’Alpine Alpenglow HY6, il y a un ingénieur en chef dédié qui s’occupe d’elle. Ce démonstrateur nous aide à développer cette nouvelle technologie mais s’il devait y avoir une vraie voiture de course à l’avenir, elle aurait un autre châssis, des autres éléments technologiques comme de l’hybridation et de plus, elle devrait respecter un cadre réglementaire. Mais ici, on veut vraiment mettre en avant la technologie de l’hydrogène. » (Photos : Tom Maréchal et site presse Alpine)

