Alors que la 3e manche du Championnat du Monde d’Endurance avait pris ses quartiers à Spa-Francorchamps, sur le plus beau circuit du monde, sous un soleil inespéré et devant des tribunes archi-combles, nous avons pu échanger avec la très sympathique patronne de Peugeot, venue assister à la course de ses troupes, l’équipe Peugeot-Sport alignant deux 9×8 dans la catégorie Hypercar.
Jusqu’à quand verrons-nous des Peugeot en WEC ?
« Pour l’instant, notre engagement va jusqu’à la fin de la saison 2026. Mais il est évident que l’on attend des succès étant donné que c’est déjà la troisième saison où la 9×8 est engagée. Vous savez que nous avons redéveloppé la voiture en lui ajoutant un aileron et des pneus aux dimensions différentes et maintenant, tout le travail et les investissements que nous avons faits doivent enfin être récompensés par des résultats sur la piste. »
Cela veut dire que vous pourriez prolonger votre engagement bien au-delà ?
« Pas sans réussite. Il faut absolument signer des podiums et des victoires dans les prochains mois parce qu’il faut évidemment un retour sur investissement. Nous sommes entièrement focalisés sur le WEC donc il faut impérativement qu’un jour ou l’autre cela fonctionne. Mais cela reste le meilleur choix à mes yeux. »
Est-ce que vous vous attendiez à être confrontés à une concurrence aussi rude ?
« Lorsque nous sommes arrivés dans le WEC, il n’y avait que Toyota face à nous mais nous savions que d’autres marques allaient arriver, ce qui est extrêmement positif pour la discipline. Cela attire le public et les médias mais il est évident qu’avec une telle concurrence, les choses sont plus difficiles. Comme vous le savez, nous avions misés sur un concept original sans aileron avant de changer d’idée et de revoir le concept global. C’est notre deuxième course avec cette nouvelle voiture donc il faut être patient mais franchement, il va falloir des résultats très vite. Cela dit, l’attente ne vient pas que de moi, c’est aussi l’équipe qui a envie de voir sa motivation et son expertise récompensées. »
Quelles sont plus précisément vos attentes en termes de réussite ?
« Moi, j’attends de la réussite et rien d’autre (rires). Non, sérieusement, il faut voir la globalité du championnat et ne pas être arrogant face à la forte concurrence mais la première étape passe logiquement par un podium avant de viser la victoire. Même si au Mans, en tant que marque française, c’est clairement le succès qu’on espère. Mais en sport automobile, on apprend à chaque course et on évolue au fil du championnat. »
On a vu que l’auto se comportait bien au Qatar mais cette piste est spécifique et très différente des autres. Il va donc falloir encore tester pour s’adapter aux autres circuits. Est-ce possible durant le championnat ?
« Oui, oui, effectivement nous testons toute l’année même si les améliorations apportées à la voiture ne peuvent que toucher à du fine tuning, les grosses modifications étant bien évidemment interdites. Mais c’est à nous d’améliorer notre efficacité sur des points bien précis pour que tout se mette en place au jour J. Chaque pilote a logiquement ses préférences par rapport aux circuits fréquentés et cela joue inévitablement sur la performance générale mais c’est à nous de mettre nos équipages dans les meilleures conditions en course. »
Comment faites-vous pour mesurer l’impact que le sport automobile a sur les ventes de voitures ?
« C’est toujours difficile d’affirmer qu’un résultat en WEC donne X pour cent de bons de commande le lundi matin. Mais si je prends l’exemple de nos ventes après Le Mans en 2023, même si nous avons parallèlement fait une action spéciale sur certains modèles, on constate clairement une corrélation entre les pics de visites sur les réseaux sociaux et les pics de ventes dans la semaine qui suit l’évènement. Je ne pense pas que cela soit dû au hasard mais c’est difficile de chiffrer l’effet de nos résultats en WEC sur les ventes. Contrairement à la F1, le WEC reste populaire et les spectateurs sont ceux qui achètent nos voitures. »
Est-ce que vous travaillez également sur une hypercar à hydrogène comme Toyota et Alpine ?
« Franchement, non. Si cela devait être le futur de la discipline, il faudrait à nouveau 4 ou 5 années pour constituer un plateau aussi concurrentiel. »
Maintenant que certaines marques ont repris vie dans le groupe Stellantis, à l’image de Lancia, est-ce que cela a un impact sur le positionnement de Peugeot au sein de l’entité ?
« Pour nous, cela ne change rien. Notre position est très claire. Nous sommes une marque généraliste et cela fait dix ans que nous avons pris cette direction donc nous sommes totalement complémentaires des autres labels. Et c’est clairement la condition de survie pour chacune des 15 marques qui forment désormais notre groupe. Je ne pense pas qu’il y ait des hésitations de la part du client. Celui qui choisit une Peugeot n’a pas pensé à une Opel ou une Lancia. Lorsque nous avons repris Opel, on a fait une étude entre les clients et il y avait alors très peu d’hésitation. »
Peut-on espérer le retour d’un modèle plus sportif dans la gamme pour compléter l’expérience WEC du spectateur ?
« Il y a des priorités et les modèles de niche ne font clairement plus partie de celles-ci. Nous sommes contraints par les normes européennes de consacrer tous nos efforts aux véhicules électriques et c’est pourquoi tous nos modèles auront, à la fin de cette année, une offre 100% électrique à l’image du 3008 que nous sommes en train de lancer. Nous sommes en train de dépenser 40 milliards d’euros sur l’électrification. Personnellement, j’ai toujours adoré les cabriolets mais franchement, le marché n’est pas là. On a besoin prioritairement de volume pour rentabiliser cet énorme investissement. »
Va-t-on voir d’autres marques du groupe dans d’autres disciplines ? On pense évidemment ici à Lancia en WRC…
« Chaque marque peut se retrouver en sport auto mais ce ne sera jamais dans le même championnat. Un affrontement en rallye entre Peugeot et Citroën ne pourrait plus avoir lieu aujourd’hui. Le rallye, ce n’est pas une discipline qui nous attire parce qu’il n’y a aucun lien avec l’électrique. C’est pour cela que nous avons choisi le WEC. »

