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Analyse : Le double jeu dangereux de l’Europe… par Dimitri Urbain

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Ursula Von der Leyen, malgré ses convictions profondément anti-bagnole, a dit vouloir discuter avec les constructeurs qui vivent tous une situation difficile et inédite… C’est une bonne chose que les autorités européennes prennent enfin la mesure des problèmes et y réagissent avec des mesures appropriées.

Renault n’est pas le plus mal loti en matière de véhicules électriques, avec des modèles inspirés de son histoire et relativement bon marché… Néanmoins, les appels de Luca Di Meo pour mettre en place un « Airbus automobile en Europe sont restés jusqu’ici lettre morte. Un tel projet, unissant tous les constructeurs ou presque, permettrait de mieux faire face à la concurrence chinoise.

Double jeu…

Cependant, dans le même temps, la nouvelle vice-présidente exécutive de la Commission, l’espagnole Teresa Ribera- par ailleurs responsable d’une transition propre, juste, et compétitive– s’en tient à l’échéance de 2035 pour l’arrêt de la vente de voitures thermiques. Par ailleurs, avancer la clause de revoyure de 2026 à 2025 a également été balayé, malgré les demandes des concessionnaires, de l’ACEA et des autorités de plusieurs pays comme l’Italie ou la République Tchèque. Les constructeurs ont investi massivement pour s’adapter à la transition mais les ventes de voitures électriques ne suivent pas : elles ont enregistré une baisse de 36 % entre août 2023 et août 2024. L’électrique peine à dépasser 12 % du marché. Sauf en Belgique où le succès des voitures électriques repose sur les mesures fiscales propres au marché des voitures de société…

Nullement adaptées à tous les usages, loin s’en faut. Les causes sont claires, sauf pour l’Europe qui s’entête. Entre des prix de vente élevés, une autonomie ridicule, le manque d’infrastructures de recharge et la méfiance des consommateurs, les constructeurs n’ont d’autre choix que de se battre. Et ce ne sont pas les taxes à l’importation des véhicules électriques chinois qui changent quelque chose. Certes, les constructeurs de l’Empire du milieu ont une sérieuse avance sur leurs concurrents européens et maitrisent toute la chaine logistique mais cela n’y change rien, les ventes des voitures électriques ne correspondent pas aux prévisions. Les constructeurs européens sont pris entre deux feux : la mévente des électriques et… des amendes colossales pour les véhicules thermiques.

S’il fallait un exemple de ce qui n’est pas à faire, c’est la FIAT 500 électrique, dont les ventes ne sont pas à la hauteur des prévisions et… un revirement de Stellantis qui la commercialise maintenant en hybride ! Face aux mauvaises ventes, l’usine de Mirafiori a été mise à l’arrêt à plusieurs reprises et, conscient des enjeux pour l’emploi, le gouvernement italien plaide pour que les autorités européennes fassent preuve ‘un peu plus de souplesse dans leur traitement de la crise du secteur automobile.

Le temps est à l’orage…

Il n’est donc pas étonnant que, dans ce contexte, certains constructeur comme Volkswagen ferme des usines, pensons ici à Audi Forest. C’est toute une expertise qui risque d’être mise à la poubelle et des milliers d’emplois qualifiés perdus. Il a été dit que « la transition verte » allait créer des milliers d’emplois… Certes, mais un ouvrier qualifié possédant plus de 30 ans d’expérience dans l’assemblage de moteurs thermiques ne deviendra pas du jour au lendemain un monteur de panneaux photovoltaïques ! Luca Di Meo a vainement plaidé pour la mise en place d’un « Airbus » de l’automobile et il a également déclaré que ce sont en fait les classes moyennes qui se portent mal, au-delà des constructeurs. Il a entièrement raison mais malheureusement les autorités ne semblent pas vouloir en prendre conscience.

Les I.D. sont boudées par le public et le groupe Volkswagen n’a pas d’autre choix que de réduire la voilure en Europe. L’arrêt de l’usine Audi Brussels et le transfert de la production au Mexique devrait permettre à la marque de réduire ses coûts de production mais le succès sur le marché nord-américain n’est pas garanti, puisque le futur président Trump a déclaré vouloir mettre fin aux subsides accordés aux voitures électriques. Au pays où les V8 sont rois, l’électrique ne séduit pas une majorité d’acheteurs. L’esthétique du Cybertruck Tesla, plus proche de la benne à ordures que d’une automobile n’aide pas, c’est évident !

Amendes ou… racket ?

L’ACEA et plusieurs pays européens souhaitent donc une modification de ce qui est prévu en termes d’amendes C02 à partir de 2025. Il est ici question de plus de 15 milliards d’€ ! Ceux-ci pourraient être avantageusement utilisés à financer des recherches ou à la mise au point de nouveaux produits compétitifs, plutôt qu’à satisfaire les délires écologistes de la Commission. De leur côté, les constructeurs envisagent de réduire la production de modèles thermiques pour y échapper autant que faire se peut. Mais les voitures électriques ne se vendent pas. Au final, il y a un risque que ça soit l’acheteur qui paye l’amende ! Le chômage technique ou les licenciements secs ne sont certainement pas une solution non plus.

L’Europe devrait faire preuve de plus d’ouverture technique car le tout à l’électrique n’est pas une solution. Des biocarburants comme le diesel HVO, produit à partir de déchets organiques et non en soustrayant des surfaces de culture pour la nourriture humaine ou animale, pourraient directement diminuer la quantité d’émissions de CO2. De plus, ils permettent de lutter contre l’obsolescence programmée en continuant à utiliser des véhicules déjà produits, l’infrastructure en place et de largement réduire la pollution. Cependant, l’Europe coince car leur production n’est pas neutre en CO2…

Pensons à l’usine de Mirafiori, arrêtée à de nombreuses reprises pour cause de mévente des Fiat 500 électriques. Des millions d’emplois sont concernés, l’automobile représentant un secteur-clé pour l’économie européenne. Une fois encore, les décisions politiques à l’emporte-pièce sont dommageables pour l’ensemble de la population. Jusqu’à présent, les techniques qui se sont toujours imposées en automobile ou dans d’autres domaines, l’ont fait pour des raisons de coût, de facilité de production, de meilleure qualité… jamais parce que des politiques l’ont imposé.

Intelligence artificielle

La Commission veut soutenir la recherche en matière de véhicules autonomes et des applications de l’intelligence artificielle. Bonne affaire serait-on tenté de dire… oui, mais les consommateurs sont-ils vraiment demandeurs ? Par ailleurs, les véhicules autonomes nécessitent le développement de la téléphonie 5G pour laquelle… ne pas recourir aux entreprises chinoises telles qu’Huawei est difficile. Après la poudre aux yeux, ça risquerait de n’être à nouveau, après les véhicules électriques chinois surtaxés, qu’une victoire à la Pyrrhus.

Lors du prochain Salon de Bruxelles, quels stands auront le plus de succès ? Ceux avec uniquement des véhicules électriques ou… ceux qui ont encore de vraies voitures qui font rêver ? L’Europe veut développer des véhicules autonomes ainsi que des usages automobiles de l’intelligence artificielle mais qu’en pensent les acheteurs ? Sont-ils vraiment demandeurs ? Le succès de Dacia auprès des particuliers est éloquent : ils veulent des voitures simples, fiables et abordables à l’achat ainsi qu’à l’entretien.

Approche technologique plus ouverte, enfin ?

Les carburants verts comme le Diesel HVO, l’essence E 85 et les carburants synthétiques seront-ils enfin soutenus par nos autorités ? Ils permettent une diminution conséquente du CO2 avec les véhicules déjà en circulation ET l’infrastructure de distribution actuelle. Jusqu’à présent, les autorités européennes se sont toujours voilées la face à leur sujet, avançant leur production produisant du CO2. Néanmoins, le tout à l’électrique n’est pas la solution pour tous les usages, c’est une bonne chose si nos dirigeants le réalisent enfin.

Une décision qui fera date durant le salon de Bruxelles ?

Des pays où l’industrie automobile est un acteur industriel majeur de l’économie comme en Allemagne, France, Italie ou République Tchèque, font pression sur l’Europe afin de revoir la politique en matière de taxes sur le CO2 au plus vite. Une décision avant le 31 décembre était illusoire mais… elle pourrait tomber pour le Salon de Bruxelles ! Avec la disparition du Salon de Genève, il a déjà récupéré l’élection de la voiture de l’année, renforçant son prestige international. L’édition 2025 pourrait rester dans les annales comme celles où les autorités européennes ont enfin adopté une position plus favorable aux constructeurs automobiles et répondu à leurs préoccupations ainsi que celles des consommateurs! Espérons-le et croisons les doigts. (Photos: site presse des marques)

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