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Endurance : 24 heures de Spa-Francorchamps : et si l’on revenait à la raison ?

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Derrière la victoire inespérée de l’Aston Martin de l’équipe belge Comtoyou et de son équipage professionnel se cache une série de questions autour de la plus grande course du monde réservée aux GT3. Trop d’accidents en piste et trop de périodes sous voiture de sécurité, l’équipe de Stéphane Ratel n’est-elle pas trop gourmande ?

Certes, avoir une grille de départ constituée de 66 bolides est une belle réussite pour SRO qui fêtait ainsi de façon magistrale le centenaire de l’épreuve ardennaise. Mais en mélangeant des pilotes professionnels, semi-professionnels et amateurs, le risque est grand de multiplier les incidents de course et les sorties de route. Certes, on est bien conscient que la majorité des pilotes amateurs financent les GT alignées et permettent à bon nombre de pilotes d’être rémunérés. Mais le niveau de pilotage de pilotes quinquagénaires si pas sexagénaires est logiquement très loin d’égaler celui de la majorité. Le rythme est très élevé et depuis quelques éditions, il s’agit d’un sprint de 24 heures où la moindre perte de temps peut coûter la victoire.

Rythme saccadé

Cette année, les périodes de Full Course Yellow se sont succédé en début de course à la suite de passages prolongés de certains gentlemen dans les bacs à graviers ou alors après des contacts entre concurrents comme celui qui a valu la première neutralisation, après moins d’une heure de course, lorsque la Porsche de Blattner s’est accrochée avec la Ferrari de Louis Machiels (53 ans) qui avait pris un temps fou pour quitter la mise en grille…

De quoi constamment casser le rythme de l’épreuve et multiplier les relances ce qui provoque de nouveaux contacts avec des bolides qui repartent en pneus froids. Les premières heures sont ainsi marquées par des périodes de neutralisation à cause des incartades de certains pilotes en dehors de la piste.

On a ainsi assisté à une première alerte, au pied du Raidillon, lors d’un restart, lorsque la Porsche #61 qui sera impliquée dans un gros crash quelques minutes plus tard, loupait complètement sa relance et se faisait éviter par toute une série de GT3 reparties à la suite du décompte du directeur de course. Nous n’affirmerons pas que c’était déjà Adrian D’Silva (58 ans) au volant mais il semble évident que l’équipage de cette monture n’était vraiment pas au niveau. Le gros accident dans lequel elle sera impliquée plus tard, avec la Ferrari de Christian Hook (57 ans), aurait vraiment pu finir mal lorsqu’on voit l’état des voitures.

Des exigences plus sévères

Alors s’il ne s’agit pas de réduire drastiquement le plateau des GT3 engagées aux 24 heures de Francorchamps, ne pourrait-on pas obliger les pilotes les moins expérimentés à suivre une formation poussée passant par du simulateur, des tours obligatoires de nuit lors des essais libres, comme aux 24 heures du Mans ? Il pourrait être également très utile d’exiger un chrono minimum de qualification prouvant que ces riches amateurs possèdent le coup de volant suffisant pour survivre au cœur d’un peloton de furieux lancé à tout berzingue.

On gardera néanmoins comme souvenir, une édition 2024 marquée par de nombreux évènements. La parade du mercredi a soulevé un enthousiasme encore inégalé auprès d’un public chaleureux avant de voir un flot de manifestations incroyable pour fêter dignement cette grande course. Des Mustang en pagaille, d’anciennes gloires exposées dans les paddocks ou en action sur la piste, de multiples vainqueurs et champions belges venus partager leurs souvenirs et leur passion avec les spectateurs, bref, il fallait véritablement être là !

Elle était pour Ferrari !

Sur la piste, après l’habituel feu de paille allumé par Lamborghini lors des qualifications, ce sont trois marques qui se sont disputées la victoire : Aston Martin, BMW et Ferrari. La marque anglaise ne partait pourtant pas avec la faveur des pronostics à cause de la jeunesse de son modèle mais également par manque d’expérience de l’équipe belge qui accueillait la plus affutée d’entre elles, la #007. On sait ce qu’il est advenu de l’équipage Drudi-Thiim-Sorensen qui l’a emporté après avoir outrageusement profité de l’incident ayant coûté la victoire à la Ferrari #51, stupidement bloquée par une Lamborghini à l’entrée de la voie des stands. Une situation ubuesque, qui ne pouvait arriver qu’en Belgique, et qui aurait mérité l’intervention immédiate de la direction de course pour effacer cette pénalité dûe à des causes totalement inhabituelles et involontaires de la part des Italiens. Mais visiblement, cela arrangeait tout le monde que l’Italienne ne l’emporte pas alors qu’elle était intrinsèquement la plus rapide en piste.

Seules les BMW M4 pouvaient encore viser le trophée du Centenaire à quelques tours de l’arrivée, mais le très maladroit Valentino Rossi a, une nouvelle fois, ruiné la course de Maxime Martin, qui perd de plus en plus de plumes dans cette aventure avec la star italienne. Il serait peut-être temps de revoir certains équipages chez BMW Motorsport. Pénalisé pour vitesse excessive sous drapeaux jaunes, l’autre monture de WRT n’a pas non plus été dans le coup jusqu’au bout puisque c’était la bien vilaine M4 du Rowe Racing pilotée par Farfus-Harper-Hesse qui jouait les trouble-fêtes jusqu’à quelques encablures de l’arrivée lorsqu’elle devait repasser par les stands, gâchant ainsi ses dernières cartouches.

Loin de nous l’idée de fustiguer les organisateurs des 24 heures de Francorchamps qui restent, aux yeux de tout le monde, bien plus attrayantes que lors des dernières années des voitures de tourisme. Les GT3 demeurent impressionnantes lorsqu’elles ne sont pas bridées comme en WEC, où elles tournent 5 secondes moins vite que leurs copines du GT World. Le plateau est bigarré et le nombre d’engagés permet à chaque spectateur de voir sans cesse passer une voiture. La fête est totale et l’organisation parfaite, même si certaines choses sont évidemment à revoir. Il faut également souligner le fait qu’Alain Adam, le directeur de course, n’a jamais excessivement allongé les périodes de FCY et de SC. C’est tout à son honneur. La pluie a bien évidemment faussé le jeu durant la nuit mais dès qu’on a pu reprendre un rythme de course, même si le circuit était encore humide, on l’a fait ! (Photos: Jonas Gilles)

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