Beaux-livres: Mahy, a family of cars- la beauté tranquille d’oldtimers d’exception

Signé Wouter Rawoens et Michel Mahy, cet ouvrage de 272 pages rend un vibrant hommage à Ghislain Mahy, amateur éclairé qui a sauvé des dizaines de voitures à une époque où personne n’en voulait… (Texte : Dimitri URBAIN, avec l’aide précieuse de Philippe GOBBE)

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Ghislain Mahy a récupéré cette Voisin C24 de 1935 au cours des années 60. Elle était abandonnée depuis des lustres dans un ancien garage bruxellois. Les voitures de Gabriel Voisin étaient de véritables œuvres d’art dotées d’une technologie en avance sur leur époque : moteur sans soupapes, boîte six rapports, carrosserie aluminium et…d’un intérieur art déco du plus bel effet.

Perpétuer le patrimoine familial…

En 1869, l’ancêtre Ghislenus Mahy transfère des laminoirs du pays de Charleroi vers Gand. Il décède en 1894 et ce sont ses quatre fils, Charles, Ignace, Emile et Léon qui prennent le relai. A cette époque la Belgique est un pays florissant grâce à ses industries et la famille Mahy croit en l’avenir de la vapeur. Très rapidement, des dissensions au sein de la famille font que Léon quitte la société et crée la sienne. Il invente une chaudière à haut rendement qui lui apporte la prospérité. Ghislain Mahy voit le jour en 1907. Après la première guerre mondiale, ce sont les fils (Louis, Gaston et Urbain) qui reprennent le flambeau. Sur fond de querelles locales entre catholiques et libres-penseurs, flamingants et bourgeois francophones…

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Un joyeux mélange… une Bugatti endormie aux côtés d’un Renault Galion, l’un des engins avec lesquels Ghislain Mahy ramenait des voitures anciennes à Gand.

Le jeune Mahy travaille dans l’atelier familial à raison de huit heures par jour, six jours semaine. Il s’intéresse de près à l’automobile, qu’il voit promise à un avenir radieux. Agé de dix sept ans, il commence par bricoler une vieille Dixi et s’occupe également de la Ford T familiale. A vingt quatre ans, c’est décidé, il va vendre des voitures. Son père ne l’entend pas de cette oreille et le met dehors. Il commence par vendre sa « Mahymobile », ce qui lui permet de racheter une Amilcar et une Bugatti. Celle-ci refuse obstinément de reprendre du service et jusqu’à la fin de sa vie Ghislain Mahy aura une certaine aversion pour la marque… sa préférence va plutôt aux moteurs français bien sonores qu’aux anglais, qu’il trouve trop silencieux.

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Une Bugatti Type 30 ? Absolument pas, il s’agit d’une Maurice Badaroux. Le mystère sur les origines et l’histoire de cette voiture reste entier… Ghislain Mahy l’a récupérée en France au début des années 60.

Bien vite, c’est la modernité des voitures américaines qui le séduit. Il fonde une famille et devient le père de deux garçons: Ivan et Hans. La guerre est une parenthèse dans le développement des activités automobiles de la famille Mahy. Après en avoir été locataire sans vraiment pouvoir l’utiliser, Ghislain achète le cirque d’hiver de Gand et en fait un garage. Il est d’abord agent Nash puis Fiat et Simca. En parallèle, il met de côté quelques voitures; l’accumulation commence, ce n’est pas encore une collection mais très rapidement la famille se rend en France, en Suisse et parcourt bien entendu toute la Belgique afin d’acheter de nouveaux engins. Bientôt, une concession Ford voit le jour… Puis c’est Daf, Jaguar et encore Toyota qui sont distribuées à Gand par la famille Mahy.

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Après avoir construit des avions de combat durant la grande guerre, Gabriel Voisin s’est recentré sur l’automobile. Il a collaboré avec Le Corbusier, le célèbre architecte.

En 1963, la collection Mahy comporte plus de 400 véhicules, entassés dans les étages et les caves du cirque d’hiver. Ghislain les remet en état avec son fils Ivan. La décennie suivante est beaucoup plus difficile pour la famille Mahy. La santé de Ghislain décline et après Toyota c’est avec Fiat que les choses se passent mal. Mais il rêve toujours d’un musée, un endroit où ses plus belles voitures pourraient être conservées et mises en valeur. En 1970, un premier musée voit le jour au Limbourg. Cependant, Mahy n’est pas content et espère mieux pour la collection. Bien vite, le divorce est consommé et Ivan se met en quête d’un endroit plus valorisant. En 1986, c’est un des palais du Cinquantenaire, à Bruxelles, qui devient « Autoworld » et accueille plus de 200 véhicules. Mais il en reste encore… 750 au cirque d’hiver, de plus en plus délabré, dans une usine à Gand et un entrepôt à Zomergem.

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Cette Delage D8 à carrosserie Antem voisine avec des américaines, dont une Cadillac. Dès les années 30, Ghislain Mahy distribue Nash à Gand. Jusqu’aux années 60, les voitures américaines étaient très prisées en Belgique et figurent en nombre, aussi bien à Autoworld qu’à Mahymobiles.

Ivan prend les choses en main et trouve un accord pour ouvrir un second musée, à Leuze-en-Hainaut: ce sera le « Mahymobiles ». Le déménagement n’est pas une mince affaire mais l’œuvre de la vie de Ghislain Mahy est désormais à l’abri. Il s’éteint le 15 juillet 1999. Ivan Mahy continue son œuvre. Tout d’abord aidé de son fils Michel mais ils finissent par se disputer, n’ayant pas la même vision de l’avenir de la collection. Ivan veut tout garder tandis que son fils veut vendre certaines voitures afin de pouvoir en restaurer d’autres. L’asbl s’occupant de Mahymobiles finit d’ailleurs par écarter Ivan. En 2018, pas moins de 130 voitures sont vendues, mettant ainsi du beurre dans les épinards de l’asbl. Depuis, il est possible d’admirer plus d’anciennes à Leuze.

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Après la seconde guerre mondiale, le plan Pons organise les fabrications des grands constructeurs français de manière très dirigiste, voire autoritaire. Aux côtés des marques bien connues, d’autres seront des étoiles filantes. Parmi ces dernières, Mochet produit le Velocar 125. Un engin minimaliste de 3,5 ch plus adapté à la ville qu’à la route. La marque en produira un peu moins de 2.000 exemplaires jusqu’en 1953. A cette époque, 2CV et 4CV se vendent comme des petits pains et le Velocar Mochet, vendu plus cher que la petite Citroën, ne séduit plus grand monde. La marque s’éteint en 1958 dans l’indifférence générale.

Au travers de nombreuses photos évocatrices, cet ouvrage propose un voyage dans le temps et de rêver devant ces belles endormies, certaines sans doute à tout jamais. Les ravages du temps n’ont fait qu’ajouter à leur charme et créer une certaine poésie. Au travers de ces images et des petits détails (re)mis en valeur par le photographe Wouter Rawoens, le voyage dans le temps est un régal ! A savourer sans modération en s’y replongeant régulièrement car il y a toujours quelque chose à découvrir. Un must pour tous les amateurs et une incitation à la découverte d’Autoworld et de Mahymobiles. Et en cette fin d’année, un livre d’art à glisser sous le sapin.  A noter que cet ouvrage est soutenu par le Fonds Claire et Michel Lemay en tant que projet créatif, novateur et porteur d’avenir afin de stimuler le développement de la Wallonie Picarde.

Mahy, a family of cars : La beauté tranquille d’oldtimers d’exception par Michel Mahy et Wouter Rawoens, Editions Lannoo, ISBN 978 94 014 7733B. Prix : 39,90 €.

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